La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

lundi 31 décembre 2018

La Lune : voyages et spéculations, supplément V [1819-1840]

1/ José Daniel Rodrigues Da Costa (1757-1832)
O Balăo, aos habitantes de lua - poema heroi-comico en hum só canto, 1819 (Portugal)

Non traduit du portugais (impossible pour moi !) Si cela tente quelqu'un, j'ai le texte original (14p.)













2/ C.-J. Rougemaître
La Lune ou le pays des Coqs. Histoire merveilleuse, incroyable et véridique, contenant les principaux traits de la vie de PÉLICAN XXXI, papa des Coqs, et de CASOAR, son mignon – par un homme qui a voyagé dans la lune, 1819.

Au cours d'une promenade au bois de Boulogne, le personnage se repose sous un chêne et tandis qu'il entreprend la lecture de l'Arioste (dont l'histoire est en grande partie un décalque), il s'endort. À son réveil, il découvre un cheval « de la plus grande beauté ». Il monte ce cheval qui, déployant ses ailes – c'est l'hippogriffe du Roland furieux –, l'emporte au-dessus des tours de Notre-Dame. Il atteint la lune rapidement et après avoir touché le sol, le cheval reprend son essor puis disparaît.

Alors qu'il déplore sa solitude, des voix lui répondent et il constate la présence en ces lieux de deux personnes : Mme J'te souffle, une jeune femme de 17 à 18 ans, au caractère « enjoué, vive, folâtre » mais qui vient du fond des âges : « Mme J'te souffle date de loin. Elle accompagnait Venus au conseil des dieux ; elle conduisit Énée et Télémaque aux enfers […] Sa science est inépuisable, son pouvoir infini. » Bref, c'est une « grande magicienne » ; son compagnon, M. J'rabâche est présenté plus sommairement, en résumé c'est un « vieux radoteur ».

Le héros se rend à Grand-Poulailler, capitale du pays des Coqs. Mme J'te souffle l'informe qu'il se trouve parmi « des êtres qui ne sont pas encore de notre espèce et lui remet un anneau qui lui permettra de comprendre les Lunains et de parler leur langage. Sa première constatation concerne l'environnement lunaire : « Je me serais cru sur la Terre, en France, dans les environs de Paris même ». Les arbres et l'herbe sont seulement d'une couleur qui tire sur le jaune. La végétation est plus petite, proportionnée aux Lunains.

À mi-distance de la terre et de la Lune se trouve une planète où « naissent, vivent et meurent de petits animaux destinés à devenir dans la suite des temps des hommes, puis des esprits parfaits et heureux, ou condamnés à traîner éternellement un corps qu'ils ont trop chéri. Après leur vie, ces jeunes âmes sont reléguées dans la Lune, où elles reçoivent chacune un corps plus commode que le premier, mais moins commode encore que celui qu'elles doivent recevoir plus tard sur la terre ».
« La Lune est le berceau des habitants de la terre, ou pour mieux dire des hommes ». Les « lunains » ne sont ni des hommes ni des femmes, mais il en ressort qu'ils furent auparavant humains, mais que ces derniers n'en conservent pas le souvenir, sinon vague, inconscient dans ses phénomènes d'attirance et de répulsion. Il est précisé que cette antémémoire « nuirait au progrès de leur perfectibilité ». L'humain ne « fait qu'ébaucher son éducation dans la Lune ». La terre est « le purgatoire des habitants de la Lune. » (Lunaison VIII) « Les fautes commises sur la Lune sont expiées sur la terre ». Les lunaines, femelles de la Lune, ont un solide appétit sexuel et « se croiraient extrêmement malheureuses, si elles étaient contraintes de s'en tenir à un seul mâle ».

Il existe également une espèce d'êtres assez singuliers : ce sont des animaux qui se croient nés pour réformer tout le genre lunain ». Ces individus définis comme des « brailleurs politiques » ont pour punition de gouverner sur terre après leur mort lunaire : « ils occupent un trône, ou une charge subalterne ; les plus coupables sont condamnés à porter le titre d'empereur, de roi...

Grand-Poulailler, la capitale lunaire dégage, comme son nom l'indique, une odeur insupportable de de basse-cour. En résumé, elle est le reflet des jeux de pouvoir qui s'exercent sur la Terre. Ce qui est plus original tient à la division quadripartite de la surface de la Lune :
La chimérique, qui tirent son nom des habitants qui l'occupent, lesquels ne cessent de courir après des chimères, dédaignant les biens matériels ;
La scientifique, partie lunaire qui a vu « germer et fructifier la science » ;
La rubrique, ainsi nommée en raison de la rougeur de ses habitants, soumis à une chaleur excessive du climat ;
La diabolique, d'où sont envoyés une « multitude d'énormes paquets étiquetés : plaisir et volupté ; mais, quand on ouvre les ballots, on y trouve ordinairement, la peste et la mort.

Le pays des Coqs se trouve dans la partie chimérique. Les Lunains ont une apparence mi-humaine mi animale et chacun a une ressemblance sensible avec telle ou telle espèce, mais le premier des êtres lunaires est le pélican. L'inscription Pélican XXX, papa des Coqs renvoie au « chef de la société » ainsi qu'au « père commun à tous les êtres ».

À ce propos, un fait d'histoire du pays des Coqs entraîna le plus grand désordre :
Une petite brèche s'était formée dans le grand bâtiment de la Pélicanie. Un mauvais génie nommé Brouilletout se présenta comme maître-maçon pour en faire la réparation, mais ne fit qu'aggraver la situation. Son but étant de ruiner l'édifice, il fit venir quantité de « gâcheurs maladroits » et avec leur aide, réussit à attirer la volaille, tous ces Coqs jaloux du pouvoir des Coqs huppés qui assuraient la paix dans la palais de Pélicanie. On nous fait remarquer que « la volaille crottée avait pour elle le nombre ». Face au péril, les Coqs huppés, après avoir sacrifié leurs huppes, allèrent se réfugier « dans le pays des lions, sur les bords de la grande rivière verte» et d'organiser la lutte pour revenir et « renvoyer à coups de fouet la volaille crottée sur ses fumiers ». Les « gâcheurs-démolisseurs » se dirent bon débarras, mais quand ils s'aperçurent que les Coqs de haut ramage s'étaient enfuis avec leurs coquilles tant convoitées (c'est-à-dire leur argent), une folle colère s'empara d'eux et ce qui devait arriver arriva : « Ils firent écrouler le grand bâtiment sur le pélican, ils poussèrent d'horribles cris de joie en le voyant écrasé. Son sang rejaillit jusqu'au ciel, il couvrit toute la Lune et la plongea dans les ténèbres. »

Une grave crise sociale et économique s'ensuivit, qui commença par l'inflation monétaire due à la raréfaction des coquilles, remplacées par de mauvaises feuilles dévaluées. Tous les Coqs furent soupçonnés de cacher ses coquilles et « le nombre des fessés égala bientôt celui des fesseurs ». Une machine à fessées fut d'ailleurs inventée, qui permettait de fustiger cent Coqs à la fois. Autrefois heureux sous l'autorité du papa pélican, le pays des Coqs fut à présent gouverné par un monstre à trente-six têtes, « que le mauvais génie Brouilletout avait fait éclore d'un amas de fumier ». L'état de confusion était tel que la folie fut érigée en vertu. La maxime principale devint : la folie ou le fouet.

À force de révolte et contre-révolte, l'un des enfants de Brouilletout, appelé Sans-nom prit le pouvoir et réussit par la force à soumettre tout les peuples de la Lune. Sans-nom avait cependant un vieux complexe, celui d'être de petite taille. Mais enfin, les peuples de la Lune s'avancèrent en cohortes innombrables pour détrôner et fustiger Sans-nom à son tour puis réclamer le retour du Pélican. Mais le génie Brouilletout parvient, avec l'aide de la fée Carnassière, de le tirer d'affaire en le transportant dans le palais de fer de l'île des Taupes.

Pélican XXXI monta alors sur le siège rendu vacant de ses parents : la paix fut faite et tous les coqs devinrent comme « des coqs en pâte ». Toutefois, Brouilletout et Carnassière vinrent à nouveau semer le trouble. Puis la paix revint, etc. Les aventures continuent, et nous n'en sommes qu'à la moitié de l'ouvrage ! Le pays des Coqs est un pamphlet ultraroyaliste (mouvance dont le principe commun est la fidélité aux souverains de la dynastie capétienne, en même temps qu'elle défend un système monarchique qui s'appuie sur la noblesse). Cette satire est spécialement dirigée contre la personne du duc Élie Decazes, favori du roi Louis XVIII et nommé par celui-ci préfet de police de Paris en 1815.

3/ José del Castillo y Mayone
Viage somniaéreo a la luna, o Zulema y Lambert, Barcelone, 1832

Ce livre de Joaquín del Castillo y Mayone figure comme l'un des premiers romans de science-fiction, parmi cinq œuvres espagnoles connues du XIXe siècle qui traitent d'un voyage dans l’espace. Le héros du livre, l'algérien Ismaël embarque dans une montgolfière, à la poursuite de sa fille Zulema qui a fui sur la Lune, enlevée par son amant, le français Lambert. Au cours de son vol, Ismaël s'endort et rêve qu'il atteint la Lune, où il retrouve finalement Zulema et Lambert après de nombreuses péripéties...

Le roman commence en Espagne et plus précisément dans la propriété d’un certain Torcuato, située à l'extérieur de Cordoue. C'est là que celui-ci rencontre Ismaël, après l'avoir sauvé de la noyade dans les eaux troubles du Guadalquivir. Une fois remis de ses émotions, l'Algérien explique à Don Torcuato une étrange histoire à propos de sa fille enlevée par un soldat français et de son voyage sur la lune à la recherche du couple fugitif. D'après son récit, Ismaël est un pauvre homme, poursuivi par le malheur. Il a d'abord perdu son fils aîné, qui a été recruté par les Turcs pour combattre les Russes et n'est jamais revenu. Plus tard, sa fille est partie avec un marin français qu'Ismaël avait lui-même sauvé de la noyade après le naufrage de son navire, près de sa maison. Comme Ismaël n’approuvait pas le mariage en raison de la différence de religion entre les époux, les deux amants décidèrent de s’enfuir en ballon vers la Lune et le lui firent savoir par une lettre d’adieu. Mais Ismaël, insatisfait de la perte de sa fille, partit à sa recherche à bord d'une autre montgolfière. C'est là que commence la partie science-fiction de l’histoire, avec Ismaël s’endormant dans le ballon au milieu de l'ascension et rêvant de son arrivée sur la lune. Dans le rêve, les habitants de la lune l'emmènent au "dépôt des raretés" pour passer, plus tard, par les hémisphères de la "tranquillité" et de "l'intrigue" où il retrouve finalement sa fille même s'il ne peut la ramener sur Terre.

Sur la description du « dépôt de raretés », je dois dire que c'est une des premières descriptions d'extraterrestres dans le roman européen du XIXe siècle. D'après ce qu'il raconte, cet endroit est une sorte de zoo où les Luniens amènent (par paires) les visiteurs d'autres planètes pour qu'ils se reproduisent entre eux. Il y a les Mercuriens (Mercure), les Martiens (Mars), les Vénusiens (Vénus), les Jupitériens (Jupiter), les Saturniens (Saturne) et les Uraniens (Uranus). Tous plus étranges les uns que les autres. Pour donner un exemple, Il décrit les Mercuriens comme des êtres craintifs qui sont toujours effrayés et possèdent un sac (du côté du cœur) qu'ils serrent d'une main et couvrent avec l'autre, pour on ne sait quelle raison.

Finalement, et juste quand il vient de retrouver sa fille Zulema, Lambert le renvoie sur terre, tomber dans les eaux du Guadalquivir, d'où le sauve Don Torcuato. Celui-ci, abasourdi par tout ce que lui raconte Ismaël, commence par lui faire comprendre que rien de tout cela n'est possible et qu'il ne peut que l'avoir rêvé. Il semble que le récit tourne en boucle... Mais au final, alors qu'Ismaël est déjà pleinement convaincu que tout n'a été qu'un rêve, Don Torcuato reçoit la visite d'un ami (Don Emeterio) qui leur raconte quelque chose d'étonnant. Le fait est qu’à son retour d’un voyage à Constantinople, il accompagnait un Algérien, qui avait pris part à la guerre entre Turcs et Russes et qui, en rentrant chez lui, avait retrouvé la maison familiale vide. D'après ce que lui dirent les serviteurs, sa sœur et son père partirent chacun dans un ballon et ne revinrent jamais. En entendant cela, le pauvre Ismaël est abasourdi et il décide de rentrer dans son pays dès que possible. Mais avant qu'il ne puisse le faire, Don Emeterio apparaît à nouveau avec encore plus de surprises. Cette fois-ci, il est avec un couple de naufragés qu'il vient de sauver. Le fait est que le naufragé leur dit qu'une fois il avait lâché un ballon sans passagers pour faire croire au père de son amante qu'ils s'étaient enfui avec. Et ensuite ils s'en furent à pied. Cet homme s'est avéré être le fils d'un homme nommé Lambert qui a épousé la sœur de Don Torcuato, Mme Leonor Carbajal et Chaves.

L’histoire se termine bien, avec Ismaël remettant la dot à sa fille avant de rentrer à Alger, tandis que Zulema et Lambert restent à Grenade, heureux. Depuis qu’elle s’est convertie au christianisme, elle ne peut pas (et ne veut pas) retourner dans son pays.
Source internet
rabsenta.blogspot.com/2012/07/el-dia-que-descubri-joaquin-del.html

historiadora del arte, miembro del colectivo Cazadores de Hermes de Barcelona y madre responsable tanto de La Barcelona d'Hermes (Albertí, 2016) como del Anecdotario de Barcelona (Comanegra, 2016). Este último junto a Pep Brocal.

Traduit de l'espagnol par Pierre Bouvier

4/ Jacques BOUCHER DE CREVECOEUR, dit DE PERTHES (1788-1868)
Les trois songes – Mazular, 3e partie, 1832

Né à Perthes, près de Rethel (Ardennes), l'auteur est surtout connu et reconnu comme l'un des fondateurs de la science préhistorique (il y a un musée à son nom à Abbeville)

Un cordonnier nommé Mazular rencontre un de ses amis qui l'invite au cabaret au joyeux motif que sa femme vient de décéder subitement. Après un dîner copieux, Mazular s'endort. « À peine avait-il fermé les yeux qu'un animal hideux apparut devant lui et vint s'étendre sur sa poitrine ; il voulut crier, mais le monstre qui l'oppressait l'en empêcha, et, le saisissant avec une force invincible, il perça le toit de la maison, l'enleva dans les airs »...

Mazular se retrouve dans un marais immense, « rempli de serpents, de lions et de tigres ». Pour leur échapper, Mazular choisit de monter à un arbre, mais « tout à coup l'arbre disparut, et Mazular tomba ; le marais ayant disparu aussi, le pauvre homme ne sut plus ou poser le pied : il vit une masse qu'il crut solide ; il sauta dessus : c'était un nuage; il passa tout à travers, et il commença à rouler avec une si grande rapidité, qu'il pouvait à peine respirer ; il lui sembla qu'il descendait ainsi pendant quinze jours et quinze nuits ; enfin, il distingua quelque chose de rond et de brillant, où il fut jeté avec un choc terrible : c'était la Lune ».

Voilà qui commence comme une fatrasie ! Reprenant ses esprits, il se voit entouré d'êtres qui n'ont « qu'une jambe, qu'un bras, qu'un œil, qu'une oreille, et pas de nez ». D'abord effrayé, il s'aperçoit que ces créatures le sont autant que lui alors il se calme. Sa tête ayant heurté une citrouille, il leur demande de lui procurer un vulnéraire mais croyant que l'homme leur réclame à manger, on lui ramène un quartier de chevreuil que Mazular refuse poliment. Finalement, les « lunains » constatent sa blessure sur laquelle ils prennent soin d'appliquer « un emplâtre de poix de Bourgogne » et à la suite de ces bons traitements, Mazular se relève tout à fait rassuré.

« Dès qu'ils le virent remuer deux bras, rouler deux yeux et marcher sur deux jambes, ils furent saisis d'un accès d'hilarité tel, et poussèrent des éclats de rire si forts, que le bruit en ressemblait à un grand ouragan. Bientôt la nouvelle se répandit dans la Lune qu'il y était arrivé un être double, et l'on accourut de tous les départements, de tous les cantons, de tous les arrondissements pour le voir ». Mazular leur dit que dans son monde tout le monde était comme lui, ce qui fut considéré comme un honteux mensonge : « on le condamna à faire réparation honorable, la corde au cou, devant le palais de l'institut de la Lune, pour avoir manqué aux savants ».

Malgré cet incident, Mazular se trouvait plutôt bien sur la Lune. « Comme les habitants n'avaient que seize dents et la moitié d'un corps à nourrir, les vivres y étaient à bon compte ; l'on y avait une dinde aux truffes pour trente sols, et un baril de vin vieux pour trois francs, quand on pouvait frauder l'octroi ». Et puis Mazular reprit son activité terrestre de cordonnerie, mais ne faisant bien sûr qu'une chaussure à la fois. Il apprit la langue du pays, ce qui était finalement assez simple : « Ces gens ne connaissaient que neuf lettres, et l'alphabet finissait à i […] en revanche, ils avaient le double de nos maladies, ce qui provenait peut-être de ce qu'ils avaient le double de médecins. Quoi qu'il en soit, ils aimaient la danse ; ils se mettaient deux pour battre un entrechat, et quatre pour danser un pas de deux. Les journaux n'avaient qu'un feuillet, aussi il n'y avait qu'un éditeur responsable pour deux journaux. Les quadrupèdes n'avaient que deux pattes ; les colonels ne portaient qu'une épaulette ; les docteurs qu'un demi-bonnet, et chacun ne disait que la moitié de la vérité ». Sur la Lune, la mesure du temps était également divisée de moitié : « les années n'ont que six mois ; les mois quinze jours ; les jours douze heures, et les heures trente minutes.

Après plusieurs années, Mazular avait fait sa fortune et s'ennuyait quelque peu. Un dimanche, « comme il sortait de l'office » (on peut donc croire que les « lunains » étaient pieux), alors qu'il s'était « un peu trop avancé au bord de la Lune pour savoir ce qu'il y avait dessous, le pied lui glissa ; il tomba sur une comète qui passait en ce moment ; il voulut se retenir à la chevelure, mais elle lui resta dans la main : elle lui fut néanmoins d'une grande utilité, car lui servant de parachute, il arriva tout doucement et se trouva sur le pôle arctique : où il serait mort de misère, s'il n'avait aperçu un ours blanc sur lequel il monta ; cet animal le conduisit droit à la Nouvelle-Hollande. Là, les naturels étaient entièrement nus, à l'exception du visage, qu'ils cachaient avec une feuille de vigne. Dès qu'ils virent Mazular, ils prétendirent le manger, lui et son ours blanc. Déjà la marmite était au feu, quand des faiseurs de découvertes débarquèrent ; les sauvages s'en allèrent si vite qu'ils abandonnèrent leur batterie de cuisine ; Mazular resta avec son ours blanc ; les voyageurs embarquèrent l'un et l'autre ; ils empaillèrent l'ours blanc pour sa commodité ou celle de l'équipage, et firent faire à Mazular deux ou trois fois le tour du monde ». Mazular, de retour sur Terre, y continue ses aventures...

5/ Jules Fleuret
Un Complot dans la Lune, 1839

Dialogue entre deux personnes au sujet d'un prétendu complot des anarchistes Séléniens contre le gouvernement en place à l'époque : les habitants de la lune ne songent guère à notre système. Si nous savons qu'ils existent, savent-ils, eux, que nous vivons au dix-neuvième siècle, sous le gouvernement de Juillet, que nous sommes complètement régénérés et que nous marchons d'un pas ferme et rapide dans la voie des améliorations, le savent-ils ? je vous le demande.

Selon toute probabilité, l'ouvrage ne décrit pas de voyage à la lune, mais je n'en sais pas plus, ni sur l'ouvrage ni sur l'auteur...

lundi 12 novembre 2018

Le mythe du trickster chez Kenzaburô Ôé : M/T et l'histoire des merveilles de la forêt (éditions Gallimard, 1989, traduction de René de Ceccaty et Ryôji Nakamura)

Illustration de Alexios Tjoyas
« Sagesses et Malices de M'Bolo, le lièvre d'Afrique »
 (éditions Albin Michel, 2002)
Dans cet ouvrage, rappelant à lui des souvenirs personnels, Kenzaburo Ôé évoque un sentiment de nostalgie lié à la transmission de légendes anciennes contées par sa grand-mère (§9, p.26 et suiv.). Longtemps après avoir quitté son village de la forêt puis vécu dans d'autres lieux, et alors qu'il vit à Tokyo depuis plus de dix ans, l'auteur nous dit qu'il eut l'expérience de « voir renaître avec vivacité le sentiment de nostalgie » éprouvé dans son enfance, à la lecture d'un livre d'anthropologie sur les contes folkloriques d'une tribu indienne d'Amérique. Il s'agissait, précise-t-il, d'une étude sur la « mythologie du trickster » chez les indiens Winnebago (dont votre lièvre précieux a déjà parlé ici).


Kenzaburô Ôé rapporte l'histoire qui l'a en particulier retenu : « Un trickster, en se chauffant près d'un feu, se brûle le derrière ; continuant à marcher sur un chemin, sans le savoir il revient sur ses pas et ramasse un morceau de viande par terre et le mange. En savourant ce mets, il s'aperçoit que c'est une partie de ses intestins qui est tombée quand il s'est brûlé ; il se lamente lui-même d'être aussi idiot […] et renoue les intestins restants. À ce moment-là, il tire si fort que les fesses de l'homme sont, depuis, contorsionnées comme on peut le voir à présent. »

Bien que l'histoire du trickster Winnebago (dont on connaît nombre de versions, celle-ci étant résumée d'ailleurs sommairement) soit très différente des conditions connues de Kenzaburo Ôé, à travers les histoires contées par sa grand-mère, celui-ci considère que le mode de vie et d'action de Meisuké ou Dôji, deux figures des légendes japonaises qui lui sont familières, et du trickster « participent d'un même caractère », lequel conduit la plupart du temps à des décisions qui sont à l'opposé du bon sens : briseurs de tabous et casseurs de dogmes. Nous l'avons déjà fait remarquer, pour l'avoir reconnu comme tel en différentes civilisations : le trickster est en effet une figure universelle. C'est ce caractère d'escroc, de filou, de « débrouillard » (qui serait la traduction de wakjunkaga, le nom du trickster Winnebago) qui suscite en Kenzaburo Ôé une « forte nostalgie ».

Après avoir décrit quelques traits de similitude entre les histoires du trickster Winnebago, figuré généralement comme en Afrique par le lièvre, et celle de ses héros d'enfance Meisuké et Dôji (ce dernier étant la réincarnation du premier), Kenzaburô Ôé s'explique sur ce sentiment de profonde nostalgie : « Il me semble que je voyais là surtout en surimposition (ou par surimpression) la combinaison de ma propre enfance et de ma grand-mère qui me racontait avec patience des légendes du village. »

L'auteur en vient à se demander pourquoi elle l'avait choisi, lui, et aucun autre. Mais probablement qu'elle avait reconnu en Kenzaburô un auditeur de choix, qui allait se faire auteur et à son tour médiateur des légendes anciennes, puisqu'il note lui-même plus loin : « Quel qu'en fût le sujet, la narration de ma grand-mère était habile et gaie. En effet, dès que j'avais commencé à l'écouter, mon attention ne se relâchait plus. »

vendredi 5 octobre 2018

La Lune : voyages et spéculations, supplément IV [1784-1809]

1/Vasily Levshin, Vasiliĭ Levshin ou Vasily Lyovshin (1746-1826)
Newest Voyage, 1784

Pas d'accès documentaire direct au texte original russe ni en traduction.
Bernd Brunner, dans son livre Moon. A brief history, évoque cette œuvre en quelques lignes :
Dans son utopie « Noveysheye Puteshestviye » (The Newest Voyage), qui contient le premier voyage à la Lune de la littérature russe, l'astre est un monde au sein duquel règne une égalité absolue, sans police ni souverain, où le progrès domine la tradition, où les habitants se consacrent à des activités pacifiques comme la culture des champs et l'élevage de moutons. Paradoxalement, Levshin établit que ses « lunatiques » sont les seuls êtres sains d'esprit de l'Univers.

2/William Blake
Une île sur la Lune, c.1784-1785.

Pierre Leyris mentionne, dans son Introduction aux Oeuvres de William Blake (éditions Aubier, 1974) ce « texte lacunaire et inachevé, que Blake n'a jamais dû destiner qu'au regard de quelques intimes... [...] Une île de la Lune, où "les gens sont si peu différents [des anglais] et leur langage si pareil qu'on se dirait parmi ses amis", est une énorme charge du milieu londonien que fréquentait ou qu'entrevoyait Blake et, à travers lui, des relations entre humains ainsi que des vices de l'époque. »






3/Anonyme
La lune comme elle va, ou Anecdotes intéressantes pour les habitans des contrées profondes. Ouvrage fort courru dans la Lune, & nouvellement apporté sur notre globe par un Aëronaute. Trivia, Veuve Quinteuse, 1785.

Il s'agit d'un pamphlet contre le comte Pierre-Jean Berthold de Proli, homme politique belge qui prit une part active dans les événements de la Révolution française (présenté comme un esthète, raffiné et cultivé, mais aussi spéculateur, qui fut guillotiné sous la Convention en 1794). Ce pamphlet est rédigé sous la forme d'une utopie. Voici un extrait de l'avant-propos :

« J'ai voyagé sur la lune & j'ai trouvé que ce globe & le notre semblaient directement faits pour sympathiser ensemble. Ils ont une parfaite analogie dans le physique & dans le moral. ---- Il y a sur la lune, comme sur notre globe, des mers, des détroits, des golfes, des promontoires, des îles, des presqu’îles, des continents, des montagnes , des volcans, des fleuves, des rivières, des canaux, &c. ---- Il y a plusieurs sortes de gouverneurs ; des despotiques, des monarchiques, des aristocratiques, des démocratiques. Il y en a de mixtes. On y trouve différents peuples distingués, comme ici, par les couleurs, par les langues, par les usages, par le plus ou le moins de civilisation. ----- On y fait, comme ici, la paix & la guerre. ---- On y rencontre comme ici, une infinité de sots, très peu de sages et beaucoup qui ne sont ni l'un ni l'autre. ---- On y voit les mêmes degrés dans les arts, dans les sciences, dans l'industrie, dans le commerce. ---- Il semble que les mêmes personnages, que les mêmes auteurs aient existé en même temps sur les deux globes, et qu'ils aient donné les mêmes ouvrages... »

4/Anonyme
La vision du monde angélique, 1787

Pas d'accès documentaire autre que cette note lapidaire dans Les mondes imaginaires de Camille Flammarion :
« La Lune serait habitable par des hommes ; mais c’est un petit terrain couvert de brouillards, et guère plus grand que la province d’York : ce n’est pas la peine d’en parler. »

5/José Marchena Ruiz y Cueto, dit Abbé Marchena (Séville 1763 - Madrid 1821)
Discurso IV : Parábola sobre la religión y la política entre los selenitas, 1787

La référence est extraite du périodique El Observador dont l'auteur fut également le rédacteur. En raison de la nature des textes publiés dans ce bulletin, qui expriment une étroite adhésion aux principes philosophiques des Lumières, l'auteur est inquiété par l'Inquisition et s'exile en France où il vivra en majeure partie, participant lui aussi aux événements de la Révolution française.

Homme politique, écrivain, journaliste et traducteur de Rousseau, Voltaire, Montesquieu...
Pas d'accès direct, si ce n'est en bibliothèque espagnole (mais pas de version numérisée).

6/Mikhail Chulkov
Le rêve de Kidal, 1789

Pas d'accès à l’œuvre disponible. Seul un bref aspect documentaire, tiré de l'ouvrage de Bernd Brunner : Moon. A brief history :

Dans le même esprit que son homologue russe Vasily Levshin, l'auteur présente la Lune comme un monde utopique où les biens sont partagés en commun, où les créatures animales comme la vipère, le crocodile et le tigre vivent en parfaite entente avec l'espèce humaine (vivant sur la Lune ?) En somme, La Lune est aussi différente de la terre que l'est le Paradis de l'Enfer. Cela reste un conte, pas un pamphlet, mais qui reflète sans doute une insatisfaction envers les autorités et les valeurs dominantes de l'époque.

7/Paul-Philippe Gudin de la Brenellerie (1738-1820)
De l’Univers, de la Pluralité des Mondes, de Dieu. Hypothèses (1801)

« Les habitants de la Lune n’ont aucun besoin de respirer ni de boire. S’il n’y a pas d’air atmosphérique, les sons ne peuvent s’y propager. Ces habitants n’ont donc ni oreilles, ni poumons, ni langues, ni ailes, ni nageoires. Ils ont vraisemblablement des yeux ; car la Lune est fort éclairée, surtout du côté qui regarde la Terre. »

Cité par Camille Flammarion, Les mondes imaginaires, ch. XI

Malgré mes efforts, je n'ai pas retrouvé trace de cet ouvrage pour le moins ambitieux, cité par Camille Flammarion. Gudin de la Brenellerie, auteur dramatique français, est surtout connu pour avoir été l'ami, l'éditeur et l'historiographe de Beaumarchais. Il a écrit un Supplément au Contrat social de Jean-Jacques Rousseau et la plupart de ses œuvres se trouvent à la BNF, dont un Traité d'astronomie écrit en alexandrins !

7/Antonio Marqués y Espejo (1762-?)
Viage de un filósofo a Selenópolis, 1804

Il s'agit d'une traduction et adaptation de l'ouvrage de M. de Listonai, pseudonyme de Daniel-Jost de Villeneuve (17..-17..) : Le voyageur philosophe dans un pays inconnu aux habitants de la Terre, publié en 1761 et référencé.


Nota : Le Lièvre lunaire regrette que ce supplément soit resté aussi lacunaire. Les références y sont, mais les textes manquent, soit dans l'accès aux oeuvres originales, soit dans leur possible traduction. Cette anthologie des voyages lunaires est cependant appelé à évoluer et, à ce sujet, tout effort de participation est bienvenu.



mercredi 3 octobre 2018

Répertoire des métiers imaginaires, Rémy Leboissetier [éditions du Sandre, septembre 2018]

Au milieu des années 1980, à la suite d'une série de textes, pour la plupart écrits en duo avec mon acolyte Marc Simon sur le thème des métiers imaginaires et publiée dans le cadre d'une revue (Cahiers du rigolisme N°14, dont ce fut la dernière livraison), je commençais à collecter, au gré de mes lectures, tous les métiers se rapportant à ce type. Cette opération de collectage, qui n'avait rien d'un travail de recherche systématique, a mis quelques décennies pour aboutir à ce Répertoire des métiers imaginaires, publié en septembre 2018 aux éditions du Sandre, et qui rassemble 115 entrées, puisées dans des œuvres d'auteurs, littéraires et graphiques, d'hier et de maintenant, d'ici ou d'ailleurs, de Jonathan Swift au dessinateur Marc-Antoine Mathieu.

Sur la base des textes originaux de ces métiers collectés, j'ai souhaité aller plus loin que la mise en forme d'une notice et l'établissement d'une anthologie, et donc effectuer un véritable travail d'écriture/réécriture, ouvrant parfois d'autres voies ou proposant de nouvelles approches. Un travail synthétique et stylistique... Certains textes ont été ainsi créés entièrement, dans le cas de sources graphiques par exemple, d'autres ont été sérieusement « dépoussiérés », d'autres encore ont été exploités dans une direction différente de l'idée originale... Bref, je me suis autorisé à prendre le maximum de liberté, tout en veillant naturellement à extraire le meilleur jus du texte initial, à partir de ses éléments les plus significatifs. Un seul texte a été reproduit dans son intégralité : il s'agit du « professeur d'apparences (et de mimique quotidienne) » de Alexandre Vialatte, d'une nature impeccable.

 L'ouvrage offre un singulier tour d'horizon des multiples formes de l'occupation humaine, propose en appendice une nomenclature ad hoc, allant du Génie climatique et météorique (avec une gestion de l'énergie appliquée aux orages, tempêtes ou aux aurores) aux Activités extra-territoriales et planétaires faisant valoir le concept d'écologie universelle (Société de laveurs d'étoiles, de Julio Cortazar). Beaucoup de ces métiers peuvent étonner, mais nous ne sommes jamais bien loin de la réalité observée : c'est ce que j'explicite dans un texte en postface, « L’œuvre d'imagination ou l'imagination à l'ouvrage », qui fournit d'autres exemples de métiers, mais qui définit surtout le cadre et les contours, c'est-à-dire les conditions d'entrée de ceux qui figurent dans le Répertoire :

« Dans les termes autant que dans les faits, il s'agit de distinguer entre métier imaginaire et emploi fictif ce que la réalité contient de faux et ce que l'imagination peut comporter de vrai. Croyez que que cela ne se fait pas au premier regard, car il faut tenir compte de la tension superficielle et pression des grands fonds, autrement dit de l'illusion des apparences et de l'apparence des illusions. »


pour toute commande :

mardi 2 octobre 2018

La Lune : voyages et spéculations, supplément III [1724-1770]

1/Diego Torres Villaroel (1693-1770) : Viaje fantastico del Gran Piscator de Salamanca, 1724

Né en 1694 à Salamanque, dans un milieu de petits boutiquiers, dont de nombreux libraires. Très vite s'éveille en lui une vocation littéraire qui se manifeste d'abord par le pastiche (Góngora et Quevedo sont ses modèles préférés), et un goût prononcé pour de turbulentes mystifications qui le conduiront à plusieurs reprises à prendre le large. Il est attiré aussi par les mathématiques et l'astrologie, matières qu'il enseignera à partir de 1726 à l'Université de Salamanque. Dès 1718, il publie un almanach qui fera de lui El Cran Piscator de Salamanca, le plus célèbre pronostiqueur de la péninsule.

Principalement connu pour une autobiographie qui s'échelonne de 1743 à 1758, Torres de Villaroel débute par l'écriture romanesque, qui lui offre une échappée vers l'imaginaire. Parmi ses œuvres de pure fiction, outre El viaje fantástico del Gran Piscator de Salamanca (1721), citons El correo del otro mundo al (gran Piscator de Salamanca (1725), El ermitaño y Torres (1726), Visiones y visitas de Torres con Don Francisco de Quevedo por la Corle 1727-28), La barca de Aqueronte (1731).
Dans le Voyage fantastique – largement inspiré de l'Iter extaticum de Athanasius Kircher – il sert de guide, à travers les espaces terrestres et interstellaires, à une troupe d'élèves zélés et attentifs. Il est celui qui sait ; nouveau Cyrano, il décrit à ses étudiants émerveillés et inquiets la mécanique du cosmos.

Extrait de Diego Torres Villaroel - Une autobiographie permanente, Guy Mercadier (université de Provence)

 
2/Captain Samuel Brunt (pseudonyme) : A voyage to Cacklogallinia, with a Description of the Religion, Policy, Customs and Manners, of that country, 1727

Ce bref roman est conforme à l'image de beaucoup de voyages lunaires d'avant le 19e siècle : plein d'une satire mordante, de hautes aventures et de railleries relevant d'un profond mépris pour tout ce qui a trait à la science. Sous le pseudonyme de Capitaine Samuel Brunt, le héros est emporté un jour sur la lune par les étranges habitants du pays de Cacklogallinia : des gallinacés géants et intelligents...
 
L'ouvrage, écrit sous le pseudonyme du capitaine Samuel Brunt et que l'on attribue quelquefois à Swift, raconte que les habitants de Cacklogallinia, endettés et démunis, décidèrent d'envoyer sur la Lune un émissaire afin d'y trouver de l'or et de l'argent.
Un curieux frontispice gravé en taille-douce montre le député confortablement installé dans un palanquin tiré et escorté par des coqs géants, s'envolant à destination de la Lune.





 
3/Ralph Morris : A Narrative Life and Astonishing Adventures of John Daniel, 1751

John Daniel, un forgeron de Royston, subit continuellement les avances de sa voluptueuse belle-mère. Pour éviter d'en arriver à une fâcheuse situation qui le mettrait en conflit avec son père, John s'embarque à destination des Moluques. En route, le bateau fait naufrage et les seuls survivants sont John Daniel et une autre personne qui s'avère être une femme déguisée en homme. John et cette femme – nommée Ruth – se sont échoués sur une île inconnue et inhabitée, quelque part près de Java. L'eau fraîche, le gibier s'y trouvent en abondance, ainsi que des abris naturels, c'est pourquoi John et Ruth nomment le lieu Île de la Providence. Le couple organise leur propre cérémonie de mariage et commence à avoir des enfants...
Les années passant, nos deux héros ont six fils et cinq filles. Comme chaque navire approchant de la côte subit un naufrage qui ne laisse aucun survivant, la famille abandonne tout espoir de sauvetage. Ayant atteint la puberté, cinq des fils et cinq des filles se sont mariés entre eux. Le fils resté célibataire, Daniel (Daniel Daniel), possède un don d'invention et fabrique une machine volante. Sa forme générale ressemble à l'un de nos aéroplanes mais les ailes, faites de cuir, sont munies de tubes de métal et actionnées par une pompe.

John insiste pour accompagner son fils à l'exercice d'envol de son « aigle mécanique ». La machine volante fonctionne aussi bien et même mieux que son inventeur pouvait l'espérer. L'engin est si solide et rapide qu'il finit par emporter le père et le fils et les mener jusqu'à la Lune.
La Lune – comme dans la plupart des ouvrages de proto-science-fiction – possède une atmosphère respirable, des forêts, montagnes et océans. Les habitants sont de très minces humanoïdes pourvus de fourrure. Ce peuple lunaire cultive un arbre dont les feuilles peuvent se mâcher et subvenir ainsi à la faim et la soif. John et Daniel font une grande provision de ces feuilles et reprennent leur vol vers la Terre.
Nos aventuriers dévient de leur trajectoire et atterrissent par erreur sur une île au large de l'Atlantique sud. Sur cette île, ils rencontrent une tribu de mutants dotés de mains et pieds palmés. Tous les membres de cette tribu sont issus de l'union d'une femme humaine et d'une créature marine satyriasique, vaguement humanoïde. La tribu parle l'anglais comme leur mère et se révèlent très accueillants. Leur conformation leur permet de nager plus vite que les humains et d'attraper facilement du poisson pour se nourrir.
John et son fils retournent à leur machine pour s'envoler à nouveau, mais le contrôle de ce puissant engin est toujours difficile et cette fois, le duo finit par atterrir en catastrophe en Laponie. John et Daniel consulte un chamane qui leur dit que Ruth est morte et qu'une guerre civile a dévasté l'île paradisiaque, faisant périr leurs nombreux enfants et petits-enfants.
Les deux héros essaient de retrouver le chemin de l'île de la Providence, mais le fils Daniel meurt dans un accident. John Daniel, sous le coup de ce mauvais sort, est un homme brisé. Installé en Angleterre, il y mourra après avoir raconté ses aventures à Ralph Morris, l'auteur de cette histoire.

Traduction d'après : © Edward Wozniak and Balladeer’s Blog, 2010.

4/Saverio Bettinelli (1718-1808) : Il Mondo della Luna, 1754

Poème héroïco-comique composé de douze chants.















 

5/Emmanuel Swedenborg (1688-1772) : Les merveilles du ciel et de l’enfer et des terres planétaires et astrales, 1786

« L’une des assertions les plus originales de l’extatique de Stockholm est ce passage à propos des habitants de la Lune, qui parlent d’autant plus fort qu’ils sont insignifiants. « Leur voix, poussée de l’abdomen comme une éructation, produit un bruit semblable à celui du tonnerre. Je perçus que cela venait de ce que les habitants de la Lune parlent, non pas du poumon, comme les habitants des autres Terres, mais de l’abdomen, au moyen d’un certain air qui s’y trouve resserré ; et cela parce que la Lune n’est pas entourée d’une atmosphère de même nature… J’ai été instruit que les Esprits de la Lune représentent dans le Très-Grand Homme le cartilage scutiforme ou xiphoïde auquel par devant sont attachées les côtes, et d’où descend la bandelette blanche qui est le soutien des muscles de l’abdomen.

(Camille Flammarion, Les mondes imaginaires, § 11)

Ajoutons à cette description que les habitants de la Lune ont la taille d'un enfant de sept ans, mais avec un « corps plus formé et plus robuste », qu'ils ressemblent enfin à des Nains.

 
6/Filippo MORGHEN (1730-1807) : Dix gravures fantastiques, tirées de l’œuvre John Wilkins et publiées sous le titre Life on the moon in 1768 (Naples, c. 1770)



Graveur florentin d'origine allemande, parti à Naples sur l'invitation de Charles de Bourbon. À la demande de Sir William Hamilton, il réalisa cette série de gravures composées sur la base du texte original de John Wilkins (1614-1672) Le monde dans la lune, divisé en deux livres, entre 1638 et 1640 et dont l'édition complète est publiée en 1656.
 


7/Alexis-Jean Le Bret (1693-1779) : La nouvelle Lune – Histoire de Pœquilon, 1770

 
Le génie tutélaire de la Lune, Sélénos accorde à Poequilon, lors de sa naissance sur cet astre, à Verticéphalie, capitale de l’Empire du même nom, le don de pouvoir, dès l’âge de 14 ans, réaliser tous ses vœux, sous réserve de 3 conditions : il ne pourra pas souhaiter s’approprier le bien d’autrui ; et deux années au moins devront s’écouler entre un vœu exaucé et le suivant.
Poequilon demande et obtient à l’âge de 14 ans une montagne d’or. Il la dépense vite, et, sur le conseil de l’alchimiste Chrysope, il demande et obtient 2 ans plus tard la pierre philosophale qui lui permettra désormais d’avoir toujours à sa disposition autant d’or qu’il en voudra. Sa nouvelle opulence ayant peuplé son sérail de maîtresses sans nombre, il formule dès qu’il le peut son troisième vœu : la fontaine de Jouvence. Soudainement rajeuni il n’est plus reconnu de personne et notamment des gardiens de son sérail, qui, pour se prémunir contre les exigences que sa nouvelle jeunesse lui font manifester, le réduisent à la nature et aux fonctions des eunuques.