La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles (sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr
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lundi 13 janvier 2020

La Dame dans la Lune (XVIIe siècle)

Si vous êtes restés attentifs, malgré ses périodes d'absence de plus en plus longues, vous vous souviendrez que votre lièvre lunaire a mentionné auparavant la présence de plusieurs résidents qui partageaient son territoire, dont la femme, représentante de l'espèce humaine, ici et là. Cette femme, qu'elle soit représentée sous forme de déesse ou de vieille femme portant un fagot trouvait son origine soit dans les mythes soit dans les légendes populaires.

Ici, la « Dame dans la lune » est le produit d'une imagination romanesque qui se rapporte à la cartographie lunaire établie par Jean-Dominique Cassini (1625-1712) à partir de laquelle on a interprété une « vibrante déclaration d'amour de l'astronome à sa femme, par la femme ressemblant à un cœur dans la mer de la Sérénité et par la délicate tête de femme gravée de profil au promontoire des Héraclides, près du golfe des Iris » (La Lune : Du voyage réel aux voyages imaginaires, Réunion des musées nationaux-Grand Palais, 2019)

La présence d'une dame dans la Lune est en effet remarquée et se trouve confirmée par certains auteurs de l'époque. Ainsi de Jean de La Fontaine qui écrit, dans un passage de sa fable Un animal dans la lune (1678), en se moquant des savants : « Si je crois leur rapport, erreur assez commune / Une teste de femme est au corps de la lune / Y peut-elle être ? Non. D'où vient cet objet ? / Quelques lieux inégaux font de loin cet effet / La lune nulle part n'a sa surface unie / Montueuse en des lieux, en d'autres aplanie / L'ombre avec la lumière y peut tracer souvent / Un homme, un bœuf, un éléphant ». Nous l'avions déjà évoqué ici, à propos d'une satire de Samuel Butler.

À son tour Fontenelle (1657-1757), dans ses Dialogues sur la pluralité des mondes (1686), signale cette présence supposée : « Il n'y a pas jusqu'à une certaine demoiselle que l'on a vue dans la lune ».

samedi 15 juin 2013

L'éléphant dans la lune [Samuel Butler, Jean de la Fontaine]

Le point de départ de la fable « Un animal dans la lune » de Jean de la Fontaine semble être « Elephant in the moon », un poème satirique de l'écrivain anglais Samuel Butler (1612-1680), dans lequel la Société royale de Londres (une académie des sciences, fondée en 1660) était ridiculisée.
La Fontaine avait certainement eu connaissance de ce poème, non encore publié (il ne le sera qu'en 1759), par ses amis de Londres, parmi lesquels St Evremond.
Mon âme en toute occasion
Développe le vrai caché sous l'apparence.
           Je ne suis point d'intelligence
Avecque mes regards peut-être un peu trop prompts,
Ni mon oreille lente à m'apporter les sons.
Quand l'eau courbe un bâton,  ma raison le redresse,
            La raison décide en maîtresse.
            Mes yeux, moyennant ce secours,
Ne me trompent jamais, en me mentant toujours.
Si je crois leur rapport, erreur assez commune,
Une tête de femme est au corps de la lune.
Y peut-elle être ? Non. D'où vient donc cet objet ?
Quelques lieux inégaux font de loin cet effet.
La Lune nulle part n'a sa surface unie :
Montueuse en des lieux, en d'autres aplanie,
L'ombre avec la lumière y peut tracer souvent,
            Un homme, un bœuf, un éléphant.
Naguère l'Angleterre y vit chose pareille,
La lunette placée, un animal nouveau
            Parut dans cet astre si beau ;
            Et chacun de crier merveille.
Il était arrivé là-haut un changement
Qui présageait sans doute un grand événement.
Savait-on si la guerre entre tant de puissances
N'en était point l'effet ? Le Monarque accourut :
Il favorise en Roi ces hautes connaissances.
Le Monstre dans la Lune à son tour lui parut.
C'était une Souris cachée entre les verres :
Dans la lunette était la source de ces guerres. 
 
Un animal de la lune, Jean de la Fontaine (extrait)
illustrations de Gustave Doré

samedi 11 décembre 2010

Le lièvre et les grenouilles

    Pas si gaillard, l’animal ! Qui s’en étonnerait ? Depuis la nuit des temps, je suis sur le qui-vive, on en veut à ma fourrure autant qu’à ma chair ! De mémoire de lapin ou de lièvre, l’expérience impose une infinie prudence. Le fabuliste me désigne comme un animal peureux, mais ajoute "en bonne foi que les hommes ont peur comme moi". Certes, je suis craintif à force de méfiance, mais je sais me montrer plein de vaillance, face à la meute, et dérouter mes prédateurs de façon ingénieuse.


 
LE LIEVRE ET LES GRENOUILLES

Un Lièvre en son gîte songeait
(Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe ?) ;
Dans un profond ennui ce Lièvre se plongeait :
Cet animal est triste, et la crainte le ronge.
"Les gens de naturel peureux
Sont, disait-il, bien malheureux.
Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite ;
Jamais un plaisir pur ; toujours assauts divers.
 
Voilà comme je vis : cette crainte maudite
M'empêche de dormir, sinon les yeux ouverts.


Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.
Et la peur se corrige-t-elle ?
Je crois même qu'en bonne foi
Les hommes ont peur comme moi."
Ainsi raisonnait notre Lièvre,
Et cependant faisait le guet.
Il était douteux, inquiet :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.

Le mélancolique animal,
En rêvant à cette matière,
Entend un léger bruit : ce lui fut un signal
Pour s'enfuir devers sa tanière.
Il s'en alla passer sur le bord d'un étang.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes ;
Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.
"Oh! dit-il, j'en fais faire autant
Qu'on m'en fait faire ! Ma présence
Effraie aussi les gens ! je mets l'alarme au camp !

Et d'où me vient cette vaillance ?
Comment ? Des animaux qui tremblent devant moi !
Je suis donc un foudre de guerre !
Il n'est, je le vois bien, si poltron sur la terre
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi."
 
Jean de La Fontaine
(1621-1695)
illustration de Gustave Doré