La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles (sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr
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jeudi 27 décembre 2012

L'homme et la femme dans la lune 3 : une histoire de fagot [France, Belgique, Italie, Afrique du nord]

Votre lièvre précieux osait affirmer ici que le mythe de la femme dans la lune, qu'on trouve principalement en Asie (Chine, Japon) et dans les tribus indiennes d'Amérique du nord, ne s'était pas répandu en Europe... Fausse présomption.
M. Timothée Rey (1) ayant visité ce blog, a attiré mon attention sur Sabine Sicaud, enfant-poète née à Villeneuve sur Lot et morte à 15 ans en 1928, ayant écrit un sonnet intitulé La vieille femme dans la lune, probablement inspiré du folklore régional ou voisin, mais transposé du masculin au féminin (l'homme dans la lune, comme nous le verrons, est présent dans des contes du pays Basque et de Gascogne).
La particularité de cette femme est de porter un fagot sur son dos ; un fagot d'épines, généralement. Les légendes se recoupent, chacun les raconte à sa manière et introduit des variantes : dans sa version masculine, nous avons noté qu'en Allemagne et en Angleterre, l'homme dans la lune portait également un fardeau de même nature, puni de ne pas avoir respecté le repos dominical et accusé parfois d'avoir dérobé le bois de ses concitoyens, mais le voleur ou le transgresseur, dans des légendes qu'on racontait en Suède, Norvège et Danemark, se retrouve aussi exilé sur l'astre...

Le cas de la vieille femme dans la lune qui transporte son fagot est assez rare pour être mentionné. Pour le reste, dans la totalité des extraits que nous allons découvrir, c'est son homologue masculin qui joue le rôle du banni, même si dans certaines occurrences, la femme l'est aussi, s'étant montrée fautive d'avoir baratté ou lessivé le jour du Seigneur. Ainsi que nous l'indique Edouard Brasey, dans La Lune - mystères et sortilèges :

Le malfaiteur est généralement condamné à porter sur le dos l’objet de son délit, le plus souvent un fagot de bois qu’il est accusé d’avoir ramassé un dimanche, au mépris de la trêve dominicale censée être consacrée au repos et à la prière. 

Contrairement à mes premières recherches, L'homme dans la lune n'est pas seulement présent en Angleterre ou en Allemagne, mais apparaît dans de nombreuses histoires qui se racontaient dans la plupart des régions de France, en Belgique... Cela prouve que cette légende fait au moins partie du domaine folklorique européen, même si Victor Hugo, dans ses Proses philosophiques, étendait cette croyance à résonance biblique au-delà de ces limites territoriales, affirmant :

C'était jadis une opinion universelle qu'on pouvait apercevoir distinctement dans la lune un homme suivi d'un chien et portant un fagot sur ses épaules.
La question était de savoir qui était cet homme. Certains pensaient qu'il « n'était autre que Caïn …/... Cette opinion était générale en Italie, ainsi que le prouve ce verset du Dante : Mais viens désormais, car déjà Caïn avec son fardeau d'épines occupe la limite des deux hémisphères et touche la mer sous Séville (L'Enfer, Chant XX).

Victor Hugo, Promontorium Somnii (Annales littéraires de l'Université de Besançon, 1961) 

Je dois aussi à mon correspondant de m'avoir fourni un poème de Raymond Queneau qui met en scène le personnage de l'homme dans la lune, avec son chargement : 

La lune 

Sur la lune de lait caillé
on voit un bonhomme
il porte sur son dos
un fagot de gros bois

ça doit être bien lourd
car il n’avance pas
il est là chaque mois
bûcheron d’autrefois


sur la lune de néon
on voit un astronaute
il porte sur son dos
la fusée de retour

il est déjà parti
il n’y a plus personne
entre la mer des Crises
et la Sérénité


sur la lune de coton
on a peint les yeux la bouche
le nez et un gros bouton
sur lequel dort une mouche

toujours on a eu l’impression
que cet objet astronomique
était à portée de la main
familier, mélancolique
 


Raymond Queneau

Faisons maintenant une incursion en Belgique, avant de nous intéresser à diverses régions de France :

Les récits populaires d'Asie et d'Amérique ont formé à partir des taches de la surface lunaire l'image d'un lièvre ou d'un lapin, ceux de chez nous y ont dessiné des silhouettes humaines...

Ce qu'on voyait d'abord, c'était un dos courbé. Des gestes furtifs, des pas de loup. Dans le bois communal de Châtelet, Bruno, une fois de plus, profitait de la nuit pour dérober des fagots. C'était sa spécialité. Rien ne l'arrêtait, ni le vent, ni la neige, ni la pluie, ni les crocs des chiens propriétaires. Chaque nuit sans lune, il fagotait du bois mort sur le compte d'autrui.

Ce que la clarté découvrit soudain, c'était son dos voûté. Bruno se redressa, furieux. Le disque lunaire venait de déchirer le mouchoir des nuages. Dérangé dans sa tâche, Bruno se mit à injurier l'astre, proférant mille menaces, agitant une fourche vengeresse. Sur le champ, la lune l'attira et l'enferma. Bruno y est encore, enclos dans la montre des pleines lunes, jusqu'à l'éternité.

Ce qu'on voyait, c'était un dos courbé. Le dos voûté de Bruno portant son fagot. La silhouette du chapardeur à jamais enclavée dans l'astre gris.

Ainsi les vieux de Châtelet expliquaient-ils l'étrange géométrie des dessins formés par les taches de lune. A Godarville, l'homme au fagot se nommait Pharaon. La légende, que le christianisme a marquée au passage, raconte que Pharaon dérobait, par une nuit sombre, les navets d'un voisin. Il fut soudain dérangé par un clair de lune imprévu. Craignant d'être reconnu, le maraudeur saisit un fagot d'épines, l'éleva avec sa fourche et voulut ainsi occulter le cercle lunaire. Pour le punir, Dieu l'attira dans l'astre. On y distingue encore aujourd'hui, affirme la légende, la forme du voleur de navets.

Il arrive - mais rarement - que la lune prenne le nom de l'un de ses hôtes. C'est le cas à Jamioulx, où l'on disait plaisamment :
«Bruno n'est pas encore levé» pour signifier que la lune ne l'était pas encore. En Hainaut, l'astre est souvent appelé «La Belle». Peut-être pour nous prouver que, si les légendes, au pays de Charleroi, ont négligé le soleil, elles ont, par contre, révéré la lune, celle qui se lève avec tous les mystères, celle qui sonne l'heure du sabbat, celle qui ne cesse d'introduire l'homme dans la salle d'attente de ses fantasmes et de ses peurs. 

Légendes et contes du pays de Charleroi, Châtelet : Bruno dans la lune


Les mères basques racontent à leurs enfants qu’un homme s’était chargé un dimanche d’un fagot d’épines destiné à combler un trou dans la haie de son jardin. Dieu, surnommé Jainco, prit l’homme sur le fait et le punit en l’envoyant sur la Lune avec son fagot, après lui avoir dit : ‘’Puisque tu n’as pas obéi à ma loi, jusqu’à la fin du monde, tout les soirs tu éclaireras.’’

Un récit originaire du
Bourbonnais présente comme protagonistes une femme ayant fait sa lessive le jour de Pâques et son voisin ayant bouché sa clôture avec des épines le jour de Noël. Pour ces deux manquements inqualifiables, ils furent condamnés à s’exiler, la femme dans la Lune et l’homme, dans le Soleil. Or, il faisait si froid dans la Lune et si chaud dans le Soleil, que l’homme et la femme demandèrent à Dieu de bien vouloir les autoriser à changer de place. «ce fut au tour de l’homme d’avoir trop froid et à la femme d’avoir trop chaud. Ils voulurent à nouveau changer de lieu, mais cette fois, Dieu ne le permit pas.

Dans certains cas, la faute invoquée pour punir le coupable, est un manquement aux règles élémentaires de la charité et de l’hospitalité. Ainsi, les paysans du
Bocage vendéen disent que l’homme est condamné à porter éternellement son fagot dans le froid de la nuit pour avoir refusé d’accueillir Jésus dans son foyer. Dans d’autres, c’est pour avoir menti en invoquant la Lune que le voleur se trouve emporté dans les cieux. C’est alors la Lune elle-même qui se fait justice, sans passer par l’intermédiaire de Dieu.

Edouard Brasey, La lune : mystères et sortilèges, édition du Chêne.

Dans la plupart des communes, on explique la présence des taches sur le disque lunaire, en affirmant qu’il s’agit d’un homme portant une fourchée de buisson sur son épaule, exilé là par Dieu qui a voulu le punir pour avoir travaillé un dimanche.
A Saint Yrieix et à Saint-Just on ajoute qu’à côté de l’homme chargé du fagot d’épines, on peut voir une femme à genoux lavant son linge, punie elle aussi, pour le même motif que son mari. D’autres affirment encore que c’est la Sainte Vierge à genoux berçant dans ses bras l’enfant Jésus, ou que cet homme de la lune ne serait autre que Saint Jean-Baptiste

Folklore du Limousin, L'homme et la femme dans la lune.


Dans le folklore européen, c’est l’obscure silhouette de l’homme de la Lune que nous voyons se profiler sur l’astre nocturne. Le pauvre a été expédié manu militari sur notre satellite pour avoir transgressé la sacro-sainte règle interdisant à tout bon chrétien de travailler le dimanche ou à Noël.
En Sarthe, l’homme de la Lune était un pauvre bougre qui avait été surpris en train de voler du bois le jour du Seigneur, et qui s’est retrouvé là-haut avec son fagot.
Pour le Gascon, c’était un paysan qui avait voulu clôturer son champ au lieu d’aller à la messe et qui a été transporté — avec ses piquets — sur notre satellite.
Un bonhomme du Gers qui avait ramassé son bois le jour de Noël a connu le même sort et, en Allemagne, l’homme de la Lune tient le balai qu’il avait osé fabriquer un dimanche.

La Lune sent le fagot et les Bretons, très au fait des choses de l’autre monde, assuraient que le personnage qui y apparaît n’est autre que le Diable lui-même. Il brandit avec délectation la fourche avec laquelle il va attraper ses damnés et les jeter dans son four.
Selon un conte du Perche, riante région de Normandie, un soldat appelé La Ramée avait réussi un jour à capturer le Diable et à l’enfermer dans un sac. Il l’avait ensuite expédié sur la Lune, grâce à un énorme canon de son invention. Depuis, le Malin y erre comme une âme en peine et barbouille son disque de traces de poudre et de suie…

Lune : un astre de légendes, Leïla Haddad (AFA, N°371, avril 2001)
 
[…] L’importance de l’ajonc autrefois était encore marquée par sa présence dans les traditions populaires en Bretagne et dans les pays celtiques. Il en est tout d’abord question dans la légende du voleur d’ajonc, al laer lann. Si vous regardez bien la pleine lune par une nuit claire, ce n’est ni la mer de la tranquillité ni l’océan des tempêtes que vous apercevrez mais le voleur d’ajoncs, le gars au fagot d’ajonc sur le dos, paotr e vec’h lann, ur fogodenn lann war e choug. En pays gallo, c’est « l’homme dans la lune avec sa fourchée de jans ». Voici ce qu’on raconte un peu partout en Bretagne :
Un soir d’hiver, par un beau clair de lune, un seigneur, revenant un peu plus tard que d’habitude rencontra un voisin, assez mal famé qui portait sur son dos plusieurs fagots d’ajonc sec. Il l’aborda et lui dit : – Tu as pris cet ajonc dans ma lande. – Jamais de la vie, répondit le paysan, cet ajonc ne vous appartient pas. – Jure-le donc par la lune que voilà. Et il lui montrait du doigt, la lune, au haut du ciel. – Que la lune m’engloutisse, si j’ai pris cet ajonc sur vos terres ! Il n’avait pas fini sa phrase qu’il fut avalé par la lune. Et il est depuis sur la lune, condamné à porter éternellement son
fardeau d’ajonc au vu et au su de tout le monde.
Le même thème est évoqué dans de nombreux pays en Europe. C’est le cas, par exemple, en Irlande :

On disait que l’homme dans la lune avait un fagot d’ajoncs sur le dos, qu’il avait pris dans la brèche d’une clôture laissant son bétail piétiner les récoltes d’un voisin. Une autre version dit qu’il porte sur l’épaule un buisson d’ajonc qu’il a volé à ses parrain et marraine.
Cette croyance ne date pas d’hier. Elle figure déjà dans le traité De naturis rerum écrit en 1180 par l’Anglais Alexandre Neckam (115 7-1217) qui précise : « Le vulgaire prétend que c’est un paysan qui porte des épines dans la lune. De là, on disait dans le peuple : le paysan dans la lune, écrasé par un fardeau, montre par ses épines que les rapines ne servent à personne. »
On voit évidemment l’utilisation pédagogique qui a pu être faite de cette légende pour inciter à respecter la propriété d’autrui, à ne pas voler et à ne pas mentir.

La lande, un paysage au gré des hommes, Daniel Giraudon

Nous finirons par ce qui constitue le plus curieux exemple, issu du continent africain :

En tamajaght, dans le massif de l'Aïr (capitale Agadez), les noms particuliers qui désignent les différents états de la lune, renvoient à la sémantique du corps féminin producteur de vie : la pleine lune se dit tekkar, elle est "enceinte", car perçue comme celle qui, cycliquement et inlassablement, accouche de la vie, des itinéraires, des saisons. La lune est associée à l’organisation et à la régularité de tous les flux (temps, cours d’eau, lait, menstrues…). Quand la lune commence à décroître jusqu’à devenir une fine lame à l’horizon, on dit qu’elle est "élimée", "râpée" (takrad), terme associé à l’idée qu’elle a beaucoup travaillé. Enfin, le nom de Tayurt est rapproché de éwar : la "montée". Quand la lune monte, c’est pour se mettre entre les hommes et le soleil. Lorsqu’elle arrive à l’horizon, au levant, elle est vue dans les représentations populaires comme une mère qui porte un fagot sur son dos. On pense que c’est pour cette raison qu’elle n’est pas éclairée : elle amène du bois afin d’allumer son feu. Il y a des nuits où elle "materne", d’autres où elle "sèvre", c’est-à-dire n’apparaît pas, d’autres où elle vient juste pour saluer et se retirer. Elle a cette image vivante de l’épouse-mère qui change et se renouvelle (titciwtcat) au fil des jours. Prise par ses activités, elle arrive souvent en retard au contraire du soleil (tefukt), toujours ponctuel.

Lune chez les Touaregs (Encyclopédie Berbère, XXVIII-XXIX-L : 4439-4441, Edisud, 2007)

(1) Timothée Rey a lui-même écrit une nouvelle en hommage entre autres à cette poétesse et titrée « La vieille qui, là-haut, porte son fagot noir ») dans un numéro de la revue Fiction, tome 9, février 2009 (éd. Les Moutons Électriques, repris dans le second recueil qu'il a publié chez le même éditeur en 2011 : Dans la forêt des astres, 2011).

La plupart des contes et croyances cités ici sont repris des travaux d'ethnologie de Paul Sébillot (1843-1918) qui fit paraître en 1904 "Folklore de France", dont le tome I est consacré au Ciel et à la terre. L'ouvrage a été réédité chez Omnibus en 2002, sous la direction de Francis Lacassin, mais n'est plus disponible qu'en occasion.

jeudi 25 août 2011

La femme dans la lune 2 [Amérique du nord]

La femme dans la lune est un mythe qui ne s’est pas répandu en Europe. En dehors de la Chine et du Japon, on le retrouve chez les peuples natifs d’Amérique du nord.

En Amérique du nord, la femme dans la lune est un mythe cosmogonique. Prenons pour exemple l’histoire racontée par les indiens Algonquins du cercle arctique (Eskimos, Inuits, Yupiks, Aléoutes) : dans leur tradition de la formation du soleil et de la lune se tient un magicien si puissant qu’il pouvait monter au Paradis quand bon lui semblait. Ainsi, une fois il prit avec lui une fille des plus belles qu’il aima passionnément, et aussi un peu de feu auquel il adjoint quantité de gaz, et créa le soleil. Pour un temps, le magicien traita sa femme avec beaucoup de tendresse et ils vécurent heureux ensemble ; mais il devint cruel envers elle, la trompa de différentes manières, et, point culminant, brûla l’un des côtés de son visage. Après ce dernier affront, elle s’enfuit et devint la Lune. Depuis lors, son frère la poursuit, parvient quelquefois à s’en approcher, mais ne réussit jamais à la rattraper. À la nouvelle lune, le profil brûlé du visage de la femme est tourné vers la terre, tandis qu’en phase de plénitude, celui-ci s'inverse.

Dans une autre tradition indienne, une vieille femme vivait avec sa petite-fille, d’une beauté incomparable. En grandissant, elle se demanda si sa grand-mère et elle-même étaient les seuls êtres à vivre au monde. La vieille dame lui expliqua qu’un démon avait détruit tous les autres vivants, mais que par son pouvoir elle avait réussi à lui échapper, elle et sa petite-fille. Cela ne satisfit pas la jeune fille, qui pensa que d’autres personnes avaient certainement survécu. Elle décida donc de se mettre en recherche, et au dixième jour de son voyage elle se trouva devant une maison où vivaient douze frères, qui étaient tous chasseurs. Le douzième de ces frères l’épousa et mourut après la naissance d’un fils. La veuve se maria ensuite tour à tour avec chacun des autres, en commençant par le plus jeune. Quand elle s’unit au plus vieux, elle s’en fatigua bien vite et s’enfuit loin, par le portail ouest de la maison des chasseurs. Arrachant l’un des pieux qui soutenaient le portail, elle disparut à l’horizon avec son petit chien et on perdit rapidement leur trace. Plus tard, elle réapparut à l’est, où elle rencontra un vieil homme pêchant dans la mer. Cet homme était celui qui avait créé la terre. Il lui offrit de passer vers l’ouest en voyageant à travers les airs. Pendant ce temps, le mari délaissé avait poursuivi sa femme à travers les terres de l’ouest et s’en revenait à l’est, où le vieux pêcheur tourmenteur hurlait après lui :
- Allez, allez, tu courras après ta femme aussi longtemps qu’elle n’aura pas atteint les confins de la terre, et les nations qui se bâtiront sur cette terre t’appelleront Gishigooke, « celui qui fait la lumière du jour ».
De cette histoire est issu Gizis, le soleil. Certains indiens comptent seulement douze lunes, qui représentent les douze frères chasseurs, mourant l’un après l’autre.

vendredi 8 juillet 2011

La femme dans la lune 1 : Chang’e [Chine]

Chang’e, Chang-O, Chang-Ngo ou Sheung Ngo est la déesse chinoise de la lune. Contrairement à beaucoup d’autres divinités qui incarnent la Lune, Chang’e vit vraiment sur l’astre. En tant que "femme dans la lune", Chang’e peut être considérée comme le pendant de la légende occidentale de "l’homme dans la lune". Le premier satellite chinois d’observation lunaire, lancé en octobre 2007, a été nommé Chang’e 1.

 

  Chang'e et l’archer Houyi (version 1)


Selon la légende, Chang’e et son mari Houyi étaient des êtres immortels vivant au Paradis. Un jour, les dix fils de l’Empereur de Jade se transformèrent en dix soleils, projetant une chaleur insoutenable sur la terre. N’étant pas parvenu à ordonner à ses fils d’arrêter ce désastre, l’Empereur convoqua Houyi pour lui demander son aide. Houyi, archer talentueux, abattit neuf des fils, mais épargna l’un d’eux. L’Empereur de Jade était évidemment mécontent du résultat : neuf de ses fils étaient morts. En punition, Houyi et Chang’e furent bannis de leur Paradis et durent vivre sur terre comme de simples mortels.
Voyant que Chang’e était tombée dans un état de grande misère après la perte de son immortalité, Houyi s’engagea jour après jour dans une quête périlleuse pour trouver un élixir qui pourrait leur faire retrouver l’immortalité. À la fin de cette quête, il rencontra la Reine mère de l’Ouest qui consentit à lui fournir le remède, en l’avertissant que chaque personne n’avait besoin que de la moitié de celui-ci pour accéder à l’immortalité. Houyi rapporta la pilule à la maison et la rangea dans une boîte. Il mit en garde Chang’e de ne pas ouvrir celle-ci puis quitta le domicile pour un moment, mais Chang’e était trop curieuse : elle ouvrit la boîte et trouva la pilule, juste au moment où Houyi rentrait. Dans la crainte de se faire surprendre en plein délit, elle avala entièrement la pilule. Elle commença alors à flotter dans les airs. Bien que Houyi cherchait à l’atteindre pour l’empêcher de s’élever plus loin, il ne pouvait diriger la visée de sa flèche sur elle. Ainsi, Chang’e continua de flotter jusqu’à atteindre la lune.
Alors qu’elle était sur la Lune, séparée de son mari, Chang’e eut de la compagnie. Un lièvre de jade, qui préparait des élixirs, vivait aussi sur la lune (les mythologies du Japon et de la Corée font aussi référence à des lapins vivant sur la lune). Il y avait aussi la présence d’un bûcheron nommé Wu Gang. Le bûcheron avait offensé les dieux pour avoir voulu les défier en devenant immortel et il avait été lui aussi exilé sur la lune. Wu Gang était autorisé à quitter la lune s’il parvenait à abattre un arbre qui poussait sur la lune. Le problème, c’est qu’à chaque fois qu’il voulait agripper l’arbre, celui-ci se rétractait instantanément dans le sol, condamnant Wu Gang à vivre sur la lune pour l’éternité.
 

Chang'e et l’archer Houyi (version 2)



Chang’e était une belle jeune femme travaillant dans le Palais de l’Empereur de Jade, au Paradis, où vivaient des dieux, des fées et d’autres saintes personnes. Un jour, elle cassa par maladresse une précieux pot de porcelaine. L’Empereur en colère ordonna le bannissement de Chang’e, qui dut s’exiler sur terre et partager la vie des mortels. Elle était toutefois autorisée à revenir au Paradis, mais à condition qu’elle ait contribué à rendre un grand service sur Terre. Chang’e, parmi les humains, fut intégrée à une riche communauté de fermiers.
Quand elle eut dix-huit ans, un jeune chasseur d’un village voisin, nommé Houyi, la découvrit. Ils devinrent amis. Un jour, un curieux phénomène se produisit : dix soleils surgirent dans le ciel, faisant brûler la terre. Houyi, archer très habile, s’avança et réussit à crever neuf de ces astres à l’aide de ses flèches. Devenant aussitôt un héros, il fut nommé roi et se maria avec Chang’e. Mais par la suite, Houyi se montra avide et égoïste. Il ordonna qu’on prépare pour lui seul un élixir d’immortalité. Cet élixir fut préparé, sous la forme d’une pilule, lorsque Chang’e se disputa avec Houyi. Accidentellement ou volontairement, elle avala la pilule. En colère, le roi menaça sa femme. Voulant s’échapper, elle enjamba la fenêtre de sa chambre située en haut du palais et, au lieu de tomber, elle flotta dans le ciel en direction de la Lune. Le roi Houyi essaya de l’atteindre avec ses flèches, sans y parvenir. Contrairement à la première version, son compagnon, le lapin, ne prépare pas d’élixir de vie. À part le lapin, la Lune est également habitée par un bûcheron qui tente de couper un cannelier, arbre d’immortalité. Mais, aussi vite qu’il entaille l’arbre, aussi vite l’arbre guérit de ses blessures, et l’homme ne fait ainsi aucun progrès, s'épuisant à une tâche perpétuelle.