La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles (sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr
Affichage des articles dont le libellé est enfants. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est enfants. Afficher tous les articles

samedi 14 mai 2011

Les enfants dans la lune, suite [Amérique du nord]

Les Creeks disent que la lune est habitée par un homme et son chien. Les tribus natives de Colombie-Britannique (côte ouest du Canada) ont aussi leur légende. M. William Duncan écrit :
 
Par une nuit très sombre, on m’a raconté que l’on pouvait voir une lune sur la plage. Sur place, il y avait un disque lumineux, avec la silhouette d’un homme dessus. Le niveau de l’eau était alors très bas, et un des chamans avait allumé ce disque au bord de l’eau.  Ils l’avaient fait avec de la cire, et c’était une réplique fidèle de la lune, qui était alors pleine. C’était un spectacle impressionnant. Il n’y avait rien autour, mais selon les indiens, les guérisseurs s’en servent pour parler avec l’homme de la lune.
 
M. Duncan fut à une autre occasion conduit au village ancestral d’une tribu d’indiens, dont le chef déclara :
 
C’est l’endroit où vécurent nos ancêtres, et ils nous ont raconté quelque chose que nous voulons vous raconter à notre tour : Une nuit, l’enfant d’un chef se réveilla et réclama de l’eau. Ses cris étaient bouleversants : "Mère, donnez moi à boire !", mais la mère n’y prêtait pas attention. La lune fut émue et descendit jusque dans la maison. S’approchant de l’enfant, elle dit : "Voici de l’eau, elle vient du paradis : bois.". L’enfant se saisit anxieusement du pot, avala le breuvage, puis, séduit par la lune, sa bienfaitrice, il s’en alla avec elle. Ils prirent un passage souterrain jusqu’à ce qu’ils ne furent plus en vue du village, puis montèrent jusqu’au ciel. Et le chef d’ajouter : Nos ancêtres nous racontent que la silhouette que nous apercevons dans la lune est celle de cet enfant. Le petit panier qu’il tenait en allant se coucher est aussi visible.

Moon lore, Timothy Harley
(traduction Léa-Kim Leboissetier)

dimanche 8 mai 2011

Les enfants dans la lune : Bil et Hjúki, Jack et Jill [Scandinavie, Grande-Bretagne]

Dans l’ancienne langue des pays scandinaves, le norrois, comme en langue allemande, le soleil est féminin et la lune masculin. La Völuspa (Prédiction de la voyante), poème cosmogonique faisant partie de l’Edda, ensemble de récits de mythologie nordique, d’origine islandaise, nous apporte une précision importante : la lune et le soleil sont frère et sœur, ils sont les enfants de Mundilfœri (au sens littéral, "celui qui conduit le temps") :

Il y avait un homme qui s'appelait Mundilfœri et qui avait deux enfants. Ils étaient si beaux et si splendides qu'il donna à son fils le nom de Máni et sa fille celui de Sol […] Mais les dieux se courroucèrent de cette présomption, aussi se saisirent-ils du frère et de la sœur: ils les placèrent en haut dans le ciel […] Máni dirige le mouvement de la lune et préside à la croissance et à son décours. (Snorri Sturluson, La mystification de Gylfi).

Un jour, Máni enleva deux enfants de la Terre, Bil et Hjúki, alors qu'ils revenaient du puits Byrgir, portant sur leurs épaules le seau Sæg au moyen du bâton Simul. Depuis, ils accompagnent la Lune, comme on peut le voir depuis la terre (probablement par allusion aux taches lunaires).

Dans l’édition de l’Edda de Snorri Sturluson, François-Xavier Dillmann précise :

Ces deux noms doivent faire référence aux deux phases opposées de la lune : d’abord le décours, période néfaste selon les croyances populaires, puis la croissance, période jugée faste. Ce passage, dont la source a pu être une strophe comportant une énigme, doit probablement être interprété de la façon suivante : arrachés à la terre, Bil et Hjúki font à présent partie intégrante de la lune, mais ils peuvent être vus depuis la terre lors de son décours (pour Bil) et de sa croissance (pour Hjúki). Les circonstances de leur enlèvement illustrent bien les liens unissant la lune et l’eau, et en particulier les phases lunaires et les marées.

Cette histoire se rattache à la croyance populaire très répandue de l'Homme dans la Lune et tous les anglais connaissent bien cette nursery rhyme : "Jack and Jill went up the hill / To fetch a pail of water / Jack fell down, and broke his crown / And Jill came tumbled after."

Au sujet de cette comptine, William Stuart Baring-Gould écrit :

Je n’hésite pas à affirmer que ces vers, qui nous semblent du nonsense, remontent à une période très ancienne et qu’ils ont un lien avec l’histoire des enfants Hjúki et Bil de la mythologie nordique. Les noms eux-mêmes nous l’indiquent. Hjúki, en norrois, doit se prononcer Juki, qui se lit communément Jack ; Bil, pour conserver l’euphonie et s’accorder à un prénom féminin, devient Jill. La chute de Jack, et celle, consécutive, de Jill, représentent la disparition progressive des taches de la lune, à mesure que celle-ci décroît. Mais le mythe nordique renferme une signification plus profonde que cette simple explication des ombres lunaires. Hjúki est dérivé du verbe jakka, to heap ou pile together (entasser, empiler), to assemble et increase (rassembler, augmenter) ; quant à Bil, il dérive de bila, qui signifie to break up, to dissolve (rompre, dissoudre). Hjúki et Bil symbolisent donc clairement le cours et décours de la lune, et l’eau qu’ils transportent suggère que la pluie dépend des phases de cet astre.