La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

vendredi 5 octobre 2018

La Lune : voyages et spéculations, supplément IV [1784-1809]

1/Vasily Levshin, Vasiliĭ Levshin ou Vasily Lyovshin (1746-1826)
Newest Voyage, 1784

Pas d'accès documentaire direct au texte original russe ni en traduction.
Bernd Brunner, dans son livre Moon. A brief history, évoque cette œuvre en quelques lignes :
Dans son utopie « Noveysheye Puteshestviye » (The Newest Voyage), qui contient le premier voyage à la Lune de la littérature russe, l'astre est un monde au sein duquel règne une égalité absolue, sans police ni souverain, où le progrès domine la tradition, où les habitants se consacrent à des activités pacifiques comme la culture des champs et l'élevage de moutons. Paradoxalement, Levshin établit que ses « lunatiques » sont les seuls êtres sains d'esprit de l'Univers.

2/William Blake
Une île sur la Lune, c.1784-1785.

Pierre Leyris mentionne, dans son Introduction aux Oeuvres de William Blake (éditions Aubier, 1974) ce « texte lacunaire et inachevé, que Blake n'a jamais dû destiner qu'au regard de quelques intimes... [...] Une île de la Lune, où "les gens sont si peu différents [des anglais] et leur langage si pareil qu'on se dirait parmi ses amis", est une énorme charge du milieu londonien que fréquentait ou qu'entrevoyait Blake et, à travers lui, des relations entre humains ainsi que des vices de l'époque. »






3/Anonyme
La lune comme elle va, ou Anecdotes intéressantes pour les habitans des contrées profondes. Ouvrage fort courru dans la Lune, & nouvellement apporté sur notre globe par un Aëronaute. Trivia, Veuve Quinteuse, 1785.

Il s'agit d'un pamphlet contre le comte Pierre-Jean Berthold de Proli, homme politique belge qui prit une part active dans les événements de la Révolution française (présenté comme un esthète, raffiné et cultivé, mais aussi spéculateur, qui fut guillotiné sous la Convention en 1794). Ce pamphlet est rédigé sous la forme d'une utopie. Voici un extrait de l'avant-propos :

« J'ai voyagé sur la lune & j'ai trouvé que ce globe & le notre semblaient directement faits pour sympathiser ensemble. Ils ont une parfaite analogie dans le physique & dans le moral. ---- Il y a sur la lune, comme sur notre globe, des mers, des détroits, des golfes, des promontoires, des îles, des presqu’îles, des continents, des montagnes , des volcans, des fleuves, des rivières, des canaux, &c. ---- Il y a plusieurs sortes de gouverneurs ; des despotiques, des monarchiques, des aristocratiques, des démocratiques. Il y en a de mixtes. On y trouve différents peuples distingués, comme ici, par les couleurs, par les langues, par les usages, par le plus ou le moins de civilisation. ----- On y fait, comme ici, la paix & la guerre. ---- On y rencontre comme ici, une infinité de sots, très peu de sages et beaucoup qui ne sont ni l'un ni l'autre. ---- On y voit les mêmes degrés dans les arts, dans les sciences, dans l'industrie, dans le commerce. ---- Il semble que les mêmes personnages, que les mêmes auteurs aient existé en même temps sur les deux globes, et qu'ils aient donné les mêmes ouvrages... »

4/Anonyme
La vision du monde angélique, 1787

Pas d'accès documentaire autre que cette note lapidaire dans Les mondes imaginaires de Camille Flammarion :
« La Lune serait habitable par des hommes ; mais c’est un petit terrain couvert de brouillards, et guère plus grand que la province d’York : ce n’est pas la peine d’en parler. »

5/José Marchena Ruiz y Cueto, dit Abbé Marchena (Séville 1763 - Madrid 1821)
Discurso IV : Parábola sobre la religión y la política entre los selenitas, 1787

La référence est extraite du périodique El Observador dont l'auteur fut également le rédacteur. En raison de la nature des textes publiés dans ce bulletin, qui expriment une étroite adhésion aux principes philosophiques des Lumières, l'auteur est inquiété par l'Inquisition et s'exile en France où il vivra en majeure partie, participant lui aussi aux événements de la Révolution française.

Homme politique, écrivain, journaliste et traducteur de Rousseau, Voltaire, Montesquieu...
Pas d'accès direct, si ce n'est en bibliothèque espagnole (mais pas de version numérisée).

6/Mikhail Chulkov
Le rêve de Kidal, 1789

Pas d'accès à l’œuvre disponible. Seul un bref aspect documentaire, tiré de l'ouvrage de Bernd Brunner : Moon. A brief history :

Dans le même esprit que son homologue russe Vasily Levshin, l'auteur présente la Lune comme un monde utopique où les biens sont partagés en commun, où les créatures animales comme la vipère, le crocodile et le tigre vivent en parfaite entente avec l'espèce humaine (vivant sur la Lune ?) En somme, La Lune est aussi différente de la terre que l'est le Paradis de l'Enfer. Cela reste un conte, pas un pamphlet, mais qui reflète sans doute une insatisfaction envers les autorités et les valeurs dominantes de l'époque.

7/Paul-Philippe Gudin de la Brenellerie (1738-1820)
De l’Univers, de la Pluralité des Mondes, de Dieu. Hypothèses (1801)

« Les habitants de la Lune n’ont aucun besoin de respirer ni de boire. S’il n’y a pas d’air atmosphérique, les sons ne peuvent s’y propager. Ces habitants n’ont donc ni oreilles, ni poumons, ni langues, ni ailes, ni nageoires. Ils ont vraisemblablement des yeux ; car la Lune est fort éclairée, surtout du côté qui regarde la Terre. »

Cité par Camille Flammarion, Les mondes imaginaires, ch. XI

Malgré mes efforts, je n'ai pas retrouvé trace de cet ouvrage pour le moins ambitieux, cité par Camille Flammarion. Gudin de la Brenellerie, auteur dramatique français, est surtout connu pour avoir été l'ami, l'éditeur et l'historiographe de Beaumarchais. Il a écrit un Supplément au Contrat social de Jean-Jacques Rousseau et la plupart de ses œuvres se trouvent à la BNF, dont un Traité d'astronomie écrit en alexandrins !

7/Antonio Marqués y Espejo (1762-?)
Viage de un filósofo a Selenópolis, 1804

Il s'agit d'une traduction et adaptation de l'ouvrage de M. de Listonai, pseudonyme de Daniel-Jost de Villeneuve (17..-17..) : Le voyageur philosophe dans un pays inconnu aux habitants de la Terre, publié en 1761 et référencé.


Nota : Le Lièvre lunaire regrette que ce supplément soit resté aussi lacunaire. Les références y sont, mais les textes manquent, soit dans l'accès aux oeuvres originales, soit dans leur possible traduction. Cette anthologie des voyages lunaires est cependant appelé à évoluer et, à ce sujet, tout effort de participation est bienvenu.



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