La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

lundi 12 novembre 2018

Le mythe du trickster chez Kenzaburô Ôé : M/T et l'histoire des merveilles de la forêt (éditions Gallimard, 1989, traduction de René de Ceccaty et Ryôji Nakamura)

Illustration de Alexios Tjoyas
« Sagesses et Malices de M'Bolo, le lièvre d'Afrique »
 (éditions Albin Michel, 2002)
Dans cet ouvrage, rappelant à lui des souvenirs personnels, Kenzaburo Ôé évoque un sentiment de nostalgie lié à la transmission de légendes anciennes contées par sa grand-mère (§9, p.26 et suiv.). Longtemps après avoir quitté son village de la forêt puis vécu dans d'autres lieux, et alors qu'il vit à Tokyo depuis plus de dix ans, l'auteur nous dit qu'il eut l'expérience de « voir renaître avec vivacité le sentiment de nostalgie » éprouvé dans son enfance, à la lecture d'un livre d'anthropologie sur les contes folkloriques d'une tribu indienne d'Amérique. Il s'agissait, précise-t-il, d'une étude sur la « mythologie du trickster » chez les indiens Winnebago (dont votre lièvre précieux a déjà parlé ici).


Kenzaburô Ôé rapporte l'histoire qui l'a en particulier retenu : « Un trickster, en se chauffant près d'un feu, se brûle le derrière ; continuant à marcher sur un chemin, sans le savoir il revient sur ses pas et ramasse un morceau de viande par terre et le mange. En savourant ce mets, il s'aperçoit que c'est une partie de ses intestins qui est tombée quand il s'est brûlé ; il se lamente lui-même d'être aussi idiot […] et renoue les intestins restants. À ce moment-là, il tire si fort que les fesses de l'homme sont, depuis, contorsionnées comme on peut le voir à présent. »

Bien que l'histoire du trickster Winnebago (dont on connaît nombre de versions, celle-ci étant résumée d'ailleurs sommairement) soit très différente des conditions connues de Kenzaburo Ôé, à travers les histoires contées par sa grand-mère, celui-ci considère que le mode de vie et d'action de Meisuké ou Dôji, deux figures des légendes japonaises qui lui sont familières, et du trickster « participent d'un même caractère », lequel conduit la plupart du temps à des décisions qui sont à l'opposé du bon sens : briseurs de tabous et casseurs de dogmes. Nous l'avons déjà fait remarquer, pour l'avoir reconnu comme tel en différentes civilisations : le trickster est en effet une figure universelle. C'est ce caractère d'escroc, de filou, de « débrouillard » (qui serait la traduction de wakjunkaga, le nom du trickster Winnebago) qui suscite en Kenzaburo Ôé une « forte nostalgie ».

Après avoir décrit quelques traits de similitude entre les histoires du trickster Winnebago, figuré généralement comme en Afrique par le lièvre, et celle de ses héros d'enfance Meisuké et Dôji (ce dernier étant la réincarnation du premier), Kenzaburô Ôé s'explique sur ce sentiment de profonde nostalgie : « Il me semble que je voyais là surtout en surimposition (ou par surimpression) la combinaison de ma propre enfance et de ma grand-mère qui me racontait avec patience des légendes du village. »

L'auteur en vient à se demander pourquoi elle l'avait choisi, lui, et aucun autre. Mais probablement qu'elle avait reconnu en Kenzaburô un auditeur de choix, qui allait se faire auteur et à son tour médiateur des légendes anciennes, puisqu'il note lui-même plus loin : « Quel qu'en fût le sujet, la narration de ma grand-mère était habile et gaie. En effet, dès que j'avais commencé à l'écouter, mon attention ne se relâchait plus. »

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