La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

samedi 1 juin 2013

Chronique de l'homme-lapin, Alexandre Vialatte [Chroniques de la Montagne, Robert Laffont, 2001]

"Il n'est rien que la science ne sache ou n'étudie. Elle a découvert que la puce (il faut regarder les choses en face) est en perte d'intelligence. […] C'est la faute des insecticides Celles qui n'en meurent pas tout à fait restent atteintes de désordres cérébraux. […]

 
Mêmes désordres chez l'homme-lapin. Il s'abandonne, dit-on, à cent extravagances. Il danse dans les clairières, il regarde la lune, il s'habille en alligator. L'homme-lapin et l'homme-antilope sont des produits d'Afrique Centrale. Moitié homme et moitié lapin, ou alors moitié antilope ; mais moralement en grande partie (surtout pour la moitié lapin). Ce sont des hybridités de caractère folklorique, magique, religieux, ethniques, auxquelles l'Européen ne comprend pas grand-chose.
Toujours est-il, qu'en ce moment, l'homme-lapin se livrerait, selon la presse, à mille caprices déconcertants que ne sauraient expliquer ni sa nature humaine ni sa nature cuniculaire. On voit par là que les problèmes d'Afrique noire exigent beaucoup de psychologie et de grands éleveurs de lapins. Une vraie grande race d'éleveurs de lapins améliorée. Sélectionnée. Psychologique.

Nous sommes sur la bonne voie : la Gazette de Hambourg annonce que l'Association des éleveurs de lapins de Cuxhaven rejette désormais de son sein tous les célibataires : ce ne sont pas des esprits assez stables. C'est très dur pour leur amour-propre, mais c'est pour le bien du lapin. Il comprend mieux le père de famille. Il est pour la famille, et le père de famille est également pour la famille. Ou tout au moins ils l'étaient tous les deux avant d'avoir tous ces enfants qui viennent manger leur chou jusque dans leur assiette. Résumons-nous : ils ont les mêmes soucis.

Malheureusement je me méfie de cette nouvelle. Car l'Allemand ne mange pas de lapin. Aussi n'en élève-t-il jamais. Il mange de grands gros lièvres roux, qu'il fait bouillir dans une marmite en fonte. De grandes grosses cuisses de lièvre très dures qu'il assaisonne de marmelade d'airelles, ou de groseilles ; non sucrée. Ce n'est pas qu'il n'ait pas de lapins dans son pays ; au cimetière forestier de Darmstadt, on les voit sauter sur les tombes comme des puces sur un lit de pauvre homme. C'est simplement qu'il n'y tient pas. Peut-être aussi se méfie-t-il de ces lapins qui mangent du mort. Mais il en trouverait tellement d'autres ! En un mot, l'homme-lapin nous cause bien des soucis."

18 février 1958


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