La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

lundi 20 décembre 2010

La lune : voyages et spéculations VI [1864-1869]

à l’image de Camille Flammarion, figure "prométhéenne" du savant et infatigable pédagogue, mais surtout dans la suite d’un romancier tel que Jules Verne, la fin du XIXe siècle marque un net changement, une rupture même : la fantaisie, le merveilleux cèdent la place à des livres d’instruction et de vulgarisation, récits d’aventure et romans populaires où l’imaginaire scientifique domine (littérature qui allait par la suite fonder un nouveau genre, sous le terme de "science-fiction"). Nous sommes loin en effet des "divagations" de Lucien de Samosate, Cyrano de Bergerac, Tiphaigne de la Roche, et même de la veine comique qui prévalait encore dans les Aventures du Baron de Münchausen quelques quatre-vingts ans plus tôt. Il est vrai que la lune se "rapproche" et que son aspect se précise, grâce aux progrès techniques (dont Flammarion tempère cependant les exploits, ironisant sur l’annonce d’un puissant télescope qui devait montrer "La Lune à un mètre", présentée comme le scoop de l’Exposition universelle de 1900). Quoi qu’il en soit, nous sommes parvenus à un point de l’histoire qui fait déjà pressentir la réalité physique de l’homme sur la Lune, qui se concrétisera un siècle plus tard. L’esprit scientifique prédominant, quasi religieux de cette époque, entraîne la littérature vers une approche plus rationnelle et l’oblige dans le même temps à se transporter au-delà, en quête d’autres "ailleurs".

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Camille Flammarion (1842-1925)
Les mondes imaginaires et les mondes réels, 1864
Véritable missionnaire de la science, Camille Flammarion a écrit de nombreux et volumineux ouvrages sur l’astronomie (mais pas seulement : il s’intéressait aussi à la philosophie occulte et aux communications mediumniques). Ouvrages théoriques et de vulgarisation, n’empêchant pas d’audacieuses investigations d’ampleur cosmique, liant la science à l’imagination. Son livre intitulé "Uranie" (il s’agit d’une statuette en bronze qui décore une pendule) est l’un des rares où il emprunte la voie de la fiction, prétexte à un rêve de voyage avec la Muse de l’astronomie, qui le transporte hors de notre système solaire, jusque dans la galaxie d’Andromède où vivent des êtres aériens, qui sont des espèces androgynes, et poursuivant son périple bien au-delà, dans l’infinité des mondes. Auparavant, le héros de cette aventure, passant dans le voisinage de la Lune, aurait bien voulu s’y arrêter, mais Miss Uranie dédaigne "y jeter même un simple regard". Dommage ! Nous ne retiendrons pas Flammarion pour notre sujet.
Néanmoins, ce qui retient l’attention sur Flammarion et justifie son intégration dans le contexte de nos voyages lunaires, c’est son imposant ouvrage Les mondes imaginaires et les mondes réels ; pour son premier chapitre d’abord, Astronomie des habitants de la Lune, où il spécule sur l’existence réelle ou fictive des Sélénites, puis pour sa deuxième partie, intitulée Revue critique des théories humaines sur les habitants des astres, qui compile diverses théories de philosophes, savants et penseurs sur la pluralité des Mondes et l’existence extraterrestre, de l’Antiquité orientale et occidentale aux civilisations grecque et latine jusqu’à son siècle, sans omettre les principaux récits de voyages imaginaires. Une belle somme documentaire pour un lièvre lunaire… et autres rêveurs associés.

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Jules Verne (1828-1905)
De la terre à la Lune, 1865
Dans ce roman d'aventure et d'anticipation, Jules Verne imagine une aventure extraordinaire et palpitante : après la fin de la Guerre de Sécession, le Gun Club de Baltimore aux États-Unis tente d'envoyer un obus habité par trois hommes sur la Lune ! L'œuvre, qui innove par son parti pris scientifique plutôt que moral ou merveilleux, est devenue une référence dans le domaine de la science-fiction, adaptée de nombreuses fois à l'écran, pour le cinéma et la télévision.
Source Wikipedia

Rappelons que le roman se termine en forme de suspense - on ne saurait mieux dire – puisque le projectile se maintient en orbite autour de la Lune comme un satellite, ce qui conditionne la suite des aventures : "ou l’attraction de la lune finira par l’emporter, et les voyageurs atteindront le but de leur voyage, ou bien le projectile gravitera autour du disque lunaire jusqu’à la fin des siècles…"

Autour de la lune, 1869
En dépit de ses invraisemblances et de ses erreurs, le roman s'est avéré étonnamment prémonitoire par rapport à la mission Apollo 8 : l'initiative du voyage dans la Lune a bien été prise par les Américains, le départ de la mission américaine a eu lieu à Cap Canaveral, à quelques centaines de kilomètres seulement de l'endroit choisi par Verne en Floride, non pour les raisons qu'offre l'auteur, mais parce que la vitesse supérieure de rotation de la terre à cet endroit y est plus favorable. Il y a bien eu trois astronautes à bord de la capsule, et la mission a duré un peu moins d'une semaine, comme celle de Michel Ardan et ses amis. Enfin au retour, l'engin se retrouve dans l'océan après avoir effectué une orbite lunaire.
Source Wikipedia

Nous retrouvons les trois voyageurs en orbite, à une distance estimée de mille quatre cents kilomètres de la lune. Dans un premier temps, ils se rapprochent et passent au pôle sud de l’astre, jusqu’à moins de soixante kilomètres, mais à la suite de perturbations météoriques, leur trajectoire se modifie et les éloigne de la lune promise, comme "Moïse de la terre de Chanaan"… Les voyageurs, cherchant à savoir si des êtres vivants sont présents dans le monde lunaire, soulèvent deux questions : "La lune est-elle habitable ?" et "La Lune a-t-elle été habitée ?" Ils concluent à la première par la négative, à la deuxième par l’affirmative.


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Edward Everett Hale (1822-1909)
La lune de brique [The brick moon], 1869
Cet ouvrage relève plus généralement de la "littérature spatiale" que de notre anthologie des voyages lunaires : il s’agit en fait de la première représentation d'une station orbitale, sphère de soixante mètres de diamètre en briques, lancée par accident avec trente-sept ouvriers à son bord, lesquels s'organisent paisiblement en société idyllique et se désintéressent progressivement des affaires terrestres.

D’après La Colonisation de l'espace, Volume de la série Voyage à travers l'Univers, par les rédacteurs des éditions Time-Life, 1990 (édition française sous la direction de Dominique Aubert. Consultant Jean-Pierre Verdet.Traduction Bernard Loubières)

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