La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

dimanche 3 octobre 2010

La lune : voyages et spéculations V [1813-1864]


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George Fowler (?)
A flight to the moon, or the vision of Randalthus, 1813
Randalthus, tandis qu’il fait l’éloge de la lune, voit apparaître un beau personnage féminin qui lui offre l’opportunité de la visiter. Il est en quelque sorte aspiré jusqu’à destination. La lune ressemble beaucoup à la Terre, peuplée d’êtres heureux, à la peau vermeille et aux cheveux couleur d’or et auncune difficulté ne s’opposant à la communication, Randalthus engage avec eux une longue conversation, d’un registre soutenu. Les Lunariens, bien qu’ayant une vie idyllique, sont moins avancés que les terriens en matière de connaissances scientifiques, et s’émerveillent beaucoup de celles de leur visiteur. Le milieu du livre contient une longue vision ou un rêve dans lequel un génie transporte Randalthus à travers des lieux aux paysages magnifiques ou emplis d’horreurs (cette partie a peut-être été un élément séparé, rajouté au livre pour l’étoffer, puisqu’elle n’a que peu de rapport avec le reste du récit). La plus grande partie de la fin du livre est consacrée à une description assez détaillée de la Terre vue de la Lune, ajoutée à des considérations historiques sur ses différents pays.
 
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Wilhelm KüCHELBECKER (1797-1846)
Land of Acephals, 1824 (fragment)
Wilhelm Karlovitch Küchelbecker (ou Küchelbeker et Kioukhelbeker), était un poète et écrivain russe, ami de Pouchkine et un des activistes appelés "décembristes" qui voulaient pousser l'empereur à opérer des réformes radicales. Iouri Tynianov a mis en scène la figure donquichottesque de Küchelbecker dans un de ses romans historiques, Le disgracié. En ce qui concerne "Land of acephals", il s’agit d’un fragment de récit satirique, qui décrit bien le voyage d’un personnage vers la Lune, récit qui entre dans la catégorie des contre-utopies ou utopies négatives, mais que je n’ai pas réussi à me procurer pour en livrer des informations plus détaillées.

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Joseph ATTERLEY, pseudonyme de George TUCKER (1775-1861)
A voyage to the moon, with some account of the manners and customs, science and philosophy of the people of Morosofia and other Lunarians (nouvelle) 1827
Un vaisseau cubique, propulsé par un anti-gravitationnel nommé lunarium est employé pour envoyer un équipage sur la lune. Bien que considérée aujourd’hui comme relevant de la science-fiction, la nouvelle avait d’abord un but satirique.
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Edgar ALLAN POE (1809-1849)
L’aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall, nouvelle, 1835
Après avoir disparu depuis cinq ans, Hans Pfaal, réparateur de soufflets, redescend sur terre et se pose en ballon à Rotterdam. Il confie au maire une lettre expliquant son expédition. Il y raconte d’abord les conditions de fabrication de son ballon puis celle de son voyage, qui dura 19 jours. La lune est "criblée d’habitations lilliputiennes" et d’une "multitude de vilain petit peuple" dépourvu d’oreilles, ignorant les propriétés du langage, mais doué d’un "incompréhensible rapport qui unit chaque citoyen de la lune à un citoyen du globe terrestre". Edgar Poe s’attache surtout à l’aspect technique et scientifique de l’expédition, abrégeant sa description des habitants de la lune.

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Richard ADAMS LOCKE
Découverte dans la lune, faite au Cap de Bonne-Espérance (Moon-Hoax), 1835
Alors que la nouvelle de Poe paraît en juin dans le Southern Litterary Messenger, une série de six articles publiés le 25 août dans le New York Sun relataient la découverte supposée de la vie sur la lune, faussement attribuée à Sir John Herschel, célèbre astronome de l’époque. Quelques-uns des journaux de New York copièrent "Hans Pfaall" et le collationnèrent avec ce canular, dans le dessein d’établir que l’auteur de l’un et l’auteur de l’autre n’étaient qu’une seule et même personne. Poe s’offense de cette parenté imposée et juge nécessaire de se défendre de plagiat et se démarquer de Richard Adams Locke. En 2009, « Black Cat Press » réédite néanmoins les deux textes conjointement…

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Louis DESNOYERS 
Les aventures de Robert-Robert et de son fidèle compagnon Toussaint-Lavenette, 1839
Roman précoce de la littérature enfantine, cette "juvénile Odyssée" est l’œuvre d'un fervent républicain, créateur en 1838 de la Société des Gens de Lettres, rédacteur en chef de La Caricature, du Corsaire, fondateur du Charivari et collaborateur de différents journaux.
"Les dimensions critique et réformatrice qui caractérisent son parcours, sa quête de mesures propres à développer la solidarité au sein du corps social et entre les peuples s’illustrent dans le périple de Robert-Robert à l’île Bourbon et dans la longue digression qui l’entrecoupe et relate un voyage dans la Lune."
Françoise Sylvos, Université de la Réunion (in Dérives et Déviances, Corinne Duboin, éditions L’Harmattan, 2005)

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Napoléon AUBIN (1812-1890)
Mon voyage à la lune, 1839
Feuilleton en 6 épisodes demeuré inachevé qui paraît dans le Fantasque (journal fondé par l’auteur). Napoléon Aubin s’inspire librement de Cyrano de Bergerac et de Voltaire et adopte un ton satirique et sarcastique. L’auteur s’y met en scène : "Voilà longtemps que j’aurais voulu vous entretenir de l’événement miraculeux dont je fus le héros". Le voyage à la Lune qu’il fait au moyen d’un cheval nommé Griffon passe pour "le premier récit de science-fiction" canadien (l’auteur est québécois d’origine suisse). Leur ascension se termine par une dégringolade sur "un immense globe lumineux", la Lune, habitée par de "petits bonshommes verts", comme le veut la légende. À la vérité, ce cadre narratif sert de prétexte : Aubin en use pour critiquer à son aise ses contemporains, qui se comportent comme des "lunatiques", et qu’il caricature en les observant par la lorgnette de la Lune, comme le fait Voltaire de la planète Sirius.
Extraits de La vie littéraire au Québec, vol. 2, par Maurice Lemire et Aurélien Boivin)

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Alexandre DUMAS (1802-1870)
Un voyage à la lune (Contes pour les grands et petits enfants), 1857
Mocquet, garde du général, est "cauchemardé" par une vieille femme, la mère Durand, et raconte comment il s’est retrouvé sur la lune, à la suite d’un de ses transports nocturnes dont il n’arrive plus à démêler la part de rêve et de réalité. À la suite d’une fête bien arrosée, Mocquet tombe dans l’Ourcq et n’arrive pas à rejoindre la rive. Il continue sa dérive dans la Marne puis dans la Seine, gagne la mer jusqu’à une île où il est menacé d’enlisement. Un aigle géant survient et l’emporte jusqu’à la lune, mais l’aigle le laisse là, accroché à un bâton. Un homme supposé être le gardien de la Lune, qui le traite de "fainéant", en vient à couper le bâton qui retient Mocquet avec une hache. Le personnage revient sur terre sur le dos d’un jars rencontré au cours de sa chute.

< 36
Stephen HOWARD  et Carl GEISTER (pseudonymes)
The History of a Voyage to the Moon, with an Account of the Adventurers' Subsequent Discoveries (an exhumed narrative, supposed to have been ejected from a lunar volcano), 1864
Un curé nommé Chrysostom Trueman nous explique en préface la découverte du manuscrit dont il a assuré l’édition. Au cours d’une promenade dans son jardin, son attention est attirée par une boîte de métal portant la mention gravée "From the moon". Cette boîte, reliée par une chaîne, le conduit à un trou formé par la chute d’une sphère en pierre, au bout de laquelle se trouve une seconde sphère maintenue par des cercles de métal. A l’intérieur de cette sphère se trouvent un épais manuscrit ainsi que quatre lettres écrites en anglais, allemand, français et espagnol. Il s’agit du journal d’un voyage lunaire, effectué par deux européens qui, ne pouvant regagner la Terre, ont propulsé l’objet au moyen d’un volcan lunaire. Le manuscrit se divise en deux parties : "The voyage" retrace les préparatifs, depuis la construction d’un impressionnant bâtiment nommé "Terrinsula" servant de base de lancement, situé dans les Montagnes Rocheuses, et la fabrication de leur vaisseau spatial, le "Lunaviot", qui s’élève finalement avec succès dans les airs par les lois d’une force anti-gravitationnelle (attractive repulsion). La deuxième partie, "Ideal life", témoigne de la rencontre des voyageurs avec les habitants de la Lune et de leurs représentants. Les conditions de vie sur la Lune semblent établies sur un modèle utopique.

à suivre...

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