La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

samedi 13 novembre 2010

Nonsense, Edward Lear [petite bibliothèque Ombres, 1997]


L’absurde se conçoit sous forme démonstrative : nous pouvons même, en cas de besoin, l’accepter pour preuve. Le nonsense ne peut quant à lui se démontrer d’aucune manière. Il fait montre de sa pratique et, ce faisant, fait aussitôt rompre les rangs et taire la glose. C’est un territoire chauve qui ne laisse nulle place au cheveu de la théorie, sujet d’un mauvais genre se dérobant à la barbe des philosophes et essayistes. Le nonsense, sous des dehors amusants de parade enfantine, d’épiderme lisse, est proche du terrorisme – terrorisme de langage, entendons-nous. Forme de terreur qui n’en est pas moins extrême (en son plaisir ou déplaisir). Bien sûr, le nonsense n’est pas non-sens : il est formidablement plus que cela, allant au-delà de tout sens connu. Vide de sens n’apparaît pas satisfaisant non plus, puisque rien n’est absolument dépourvu de sens, même le nonsense, qui a son sens à lui, et sa façon, rien qu’à lui. Un sens à façon, comme dirait le petit tailleur Schlemihl. Une maladie du sens, voilà qui serait plus juste, contractée par une maladie des sens très aiguë, une forme passablement démoniaque, d’un genre épileptique.

Edward Lear, illustrateur ornithologique et paysagiste, derviche tourneur de mots, "parfaitement sphérique", "mi-Socrate, mi-Falstaff", a souffert du "haut mal" dès l’âge de 5 ans (ajoutons plus tard : myopie, asthme et dit-on, syphilis, et plus tard encore cécité partielle, ce qui ne l’empêcha pas de vivre jusqu’à soixante-seize ans et bouger constamment d’une ville, d’un pays, d’un continent à l’autre). Sans doute Eddie est-il passé assez tôt de l’autre côté… Je ne veux pas parler du miroir forcément, mais de l’expression (à voir si l’expression n’est pas un miroir). Et c’est un terrible monde que cet envers tout neuf ! Il faut, pour en supporter la nouveauté, être aussi bon et doux dans la réalité sociale que férocement solitaire dans l’autre. Sans se dénaturer outre mesure, parce que, croyez-le bien, Edward Lear tient aux formes classiques : chansons, limericks, nursery rhymes
D’ailleurs, né en 1812, il vit au cœur du XIXe siècle où les formes et rythmes perdurent. Quelle drôle d’enfance, tout de même : vingtième enfant, délaissé par sa mère, élevé principalement par sœur Ann, de vingt-et-un ans son aînée. Sa révolution à lui tient dans un cœur d’or, éraillé de souffrance physique et dépression sentimentale, qui trouve à se nicher au cœur du cœur de l’expression. Au cœur du cœur du miroir sonore de l’expression. Miroir sonore qui ne reflète que lui, répétons-le, qui coupe l’herbe sous le pied de la critique, phagocyte la sentence du juge armé, court-circuite le langage de convention. Un mimétisme, une mimologie (et accessoirement un défi de traduction). "Langue des rêves, langue unique d’avant la tour de Babel" (M. Pavic). Nous t’aimons et t’honorons, cher et bon Edward Lear, Derry Down Derry ! Autant bien sûr que Carroll Lewis, célèbre pasteur qui fut ton contemporain.

There was an Old Man of the Hague,
Whose ideas were excessively vague;
He built a balloon
To examine the moon,
That deluded Old Man of the Hague.





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