La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

jeudi 24 avril 2014

Récits de Belzébuth à son petit-fils, G. I. Gurdjieff [Stock, 1976]

Assurément, les voyages à la Lune sont nombreux, si nombreux qu'il est impossible de les saisir intégralement. Votre lièvre précieux s'y est néanmoins essayé et vous a fait part de son recensement, lequel débute à Plutarque (vers 75-83 de notre ère) et s'arrête symboliquement à l'année 1969, lorsque certaines images nous firent comprendre que la Lune était en quelque sorte "colonisée". Les "Récits de Belzébuth", publiés en 1976, dérogeraient donc à la règle, s'ils n'étaient en vérité bien antérieurs à leur date de publication : plus précisément, à propos des faits qu'il porte à notre connaissance par la voie de son medium Belzébuth, le "Maître de danse" Gurdjieff, par ailleurs grand voyageur, ne peut physiquement les avoir écrits que dans les années qui suivirent un grave accident de voiture survenu en 1924, date à laquelle il dut changer l'orientation de ses activités et choisir la voie littéraire pour son enseignement. Par ailleurs, le corps conscient de l'auteur ayant disparu du monde visible le 29 octobre 1949, selon les sources officielles, nous pouvons en déduire (et affirmer catégoriquement) que ces découvertes ne sauraient excéder cette année-là. Nous pouvons donc, dans notre classement actuel, intégrer cette relation de voyage entre messieurs Andrei Platonov et Arthur C. Clarke, ce qui permet de combler fort à propos une impardonnable lacune.

"Dans ce système solaire se trouve encore, mon cher enfant, une toute petite planète qui porte le nom de "Lune".
Dans son mouvement, elle passait très près de notre planète "Mars" et, à travers le "tesskuâno" (1) de mon observatoire, je prenais plaisir à suivre, pendant des "kilprenos" (2) entiers, le processus d'existence des êtres tri-cérébraux qui la peuplaient.
Les êtres de cette planète ont un corps très frêle, mais disposent d'un esprit puissant, qui leur confère une persévérance et une faculté de travail exceptionnelles.
Leur forme extérieure évoque celle des grandes fourmis ; comme elles, ils s'affairent et travaillent continuellement à la surface et à l'intérieur de leur planète.
Leur incessante activité a déjà donné des résultats bien visibles.
Je constatai même un jour que dans l'espace de deux de nos années ils avaient pour ainsi dire "perforé" toute leur planète.
Ils avaient été contraints à ce travail par des conditions atmosphériques anormales, dues à la façon inopinée dont leur planète avait surgi, et au fait que les Forces Supérieures n'avaient pas prévu de régulariser son harmonie climatique.
Ce climat, disons-le, est réellement "fou", et rendrait des points, par son inconstance, aux femmes hystériques les plus fougueuses d'une planète de ce système solaire, dont je te parlerai également.
Sur cette "Lune", le froid est parfois si vif que tout y gèle de part en part, et qu'il y devient impossible de respirer en atmosphère ouverte ; puis, tout à coup, il y règne une telle chaleur qu'un œuf y cuit en un clin d’œil.
Mais au cours de deux brèves périodes, avant et après la fin d'un tour complète autour d'une planète voisine, il y fait un temps si divin qu'au bout de quelques oscillations elle est en pleine floraison. Elle donne alors à ses habitants quantité de produits servant à leur première nourriture êtrique, bien plus qu'il n'en faut pour leur existence dans l'original empire intra-planétaire qu'ils se sont organisé à l'abri des intempéries de ce "fou" de climat, qui ne modifie jamais harmonieusement l'état de son atmosphère. 

Chapitre 3 : Cause d'un retard dans la chute du Karnak, extrait

(1) "Tesskuâno" signifie "télescope".
(2) Le mot "kilpreno", dans le langage de Belzébuth, désigne un certain laps de temps, à peu près égal à ce que nous appelons "une heure".

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