La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

jeudi 14 avril 2011

Le mystère du lapin blanc pascal ovarien

Le Lapin de Pâques est une survivance d’un symbole autrefois vénéré comme le plus haut des dieux, le Grand Lièvre Blanc, créateur de toute vie, alchimiste de l’immortalité et sauveur. Quand nous croquons dans son corps, maintenant en chocolat, nous répétons là un rite sacrificiel qui remonte à la nuit des temps. Une fois que l’on se rend compte du rapport entre le lièvre de la légende d’une part et la lune décroissante, symbole de dissolution et de mort et la lune croissante, symbole de renouveau et de renaissance d’autre part, auquel s’ajoute le lien qui existe entre la lune et les cycles de fertilité, on entrevoit la puissance archaïque de cet archétype psychologique qu’est le lièvre blanc pondeur d’œufs et la raison pour laquelle il perdure avec une telle ténacité au printemps dans notre Hémisphère nord.

Le lièvre était sacré pour sa personnification de l’aube, de l’est, de la blancheur, de la lune, de l’ouverture, du devenir et pour son bond caractéristique.


Le symbole du printemps (spring en anglais) bondit (spring en anglais) ! Le nom latin du lièvre Lepus donne le verbe anglais to leap, synonyme de to spring signifiant bondir et donnant le terme anglais offspring (la descendance) dont l’ancienne orthographe était of Spring.

Sa symbolique de l’aube, du passage de l’obscurité à la lumière est donc en grande partie liée à cette signification de spring et au message rédempteur de Pâques pour les Chrétiens.

Pendant au moins six mille ans, le lièvre fut un animal sacré presque partout dans le monde : dans l’ancienne Égypte, en Afrique, en Chine, au Tibet, en Inde, à Ceylan ; chez les Hottentots, les Aztèques, les Grecs, les Celtes, les Allemands, les Nordiques, les Britanniques, les Saxons, les Indiens d’Amérique du Nord et du Canada.

< La première manifestation fut la déesse à tête de lièvre Un-T ou Unnu-t, en Basse Égypte. On la connaissait déjà en 2686 avant JC, époque où les premières pyramides furent construites. Sa cité  Unnut, ou Cité de la Lune, existe toujours sous le nom moderne d’Eshmunein, à environ 135 km au sud du Caire et on peut voir cette divinité dans le fameux temple de Dendérah en Haute-Egypte. Lorsque, à partir de 2000 avant JC, le dieu Osiris devint populaire, on le représenta portant une coiffe en oreilles de lièvres, dont l’ombre était identique à celle de la Couronne Blanche de la Haute Egypte.

Le mot lièvre
L’ancien verbe égyptien signifiant être, un, était représenté par un hiéroglyphe de lièvre. Dans La Dame du Lièvre, John Layard déclare : le symbole du lièvre, un, peut être écrit pour vouloir dire lièvre, s’élever, bondir, s’ouvrir ou soleil levant. Il explique que le son un ne signifiait pas en réalité lièvre tout comme le mot anglais understand ne signifie pas to stand (se tenir) under  (dessous) mais comprendre. Un definit le concept de l’être et du devenir. Une représentation du dieu égyptien Osiris à Karnak est intitulée Osiris Unnefer. Nefer signifiant beau, brillant, gloire,  Osiris Un-nefer signifie donc Osiris le lièvre glorieux.

Le mot Unnefer est très proche de notre mot Univers. En fait, le nom de la déesse à tête de lièvre Unnu-t est à relier à celui  de la Mère Suprême Celte, la déesse Uni, qui a donné son nom à l’univers, qu’elle a créé. Du nom du lièvre vient aussi le mot français un (one, en anglais) ainsi que celui de l’île sacrée de Iona et le nom des déesses Io et Junon, le dieu-année d’Alexandrie Aion, les prénoms féminins contemporains June, Joan, Una et même le prénom masculin John. Le mot anglais signifiant le lièvre, hare, de l’Anglo-saxon hara, vient du Sanskrit sasa, voulant dire à la fois celui qui bondit, lièvre et les taches sur la lune, et est une partie du mot lune sasin.

 

L’Europe avait sa déesse saxonne à tête de lièvre, Eostre, Oestra, Ostara ou Lucina, dont le jour du Sabbath était le Lun-di (Moon-day) et que l’on célébrait lors de la première  pleine lune qui suivait  l’Equinoxe de Printemps (Pâques, dans l’Hémisphère Nord) par le sacrifice d’un lièvre. Elle aidait les femmes à mettre au monde les enfants. Un document hollandais de 1605 montre sa statue : elle est coiffée d’oreilles de lièvre et porte devant l’abdomen un disque semblable à une nouvelle lune à la rondeur spectrale, faisant penser à un ventre sur le point d’accoucher de la Lune.

Au fur et à mesure que les divinités masculines effectuèrent une prise de pouvoir divine sur les divinités féminines, en Égypte, le dieu scribe à tête d’ibis, Thot, remplaça Unnu-t et devint seigneur de la lune et la cité de Unnut prit le nom de  Khmunu. Quand Alexandre le Grand conquit Khmunu en 332 avant JC, il l’appela Hermopolis, la ville d’Hermès. Ainsi Unnu-t la déesse à tête de lièvre se transforma en Thot le scribe, qui devint le Grec Hermès, puis le Romain Mercure aux pieds ailés, chaque divinité demeurant en communion avec les deux mondes. Comme ces dieux, Osiris Unnefer, lièvre glorieux, fut l’assistant des âmes et le messager des dieux. De cette fonction vint une nouvelle signification : celui qui apporte l’inspiration, qui porte la lumière et qui élève la conscience. Cette qualité du passage de l’ombre à la lumière se retrouve dans le titre sanskrit signifiant messager sacré, gourou : gou, sombre, rou, clair. Un message des dieux peut être interprété comme une intuition. Là encore, les qualités du lièvre conviennent parfaitement. Les intuitions bondissent dans notre conscience à l’improviste, nous apportant des messages du bas-monde, des  ténèbres de notre inconscient. C’est le bond sacré du lièvre, le porteur de lumière.

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Tabous et sacrifice
Comme Robert Graves le fait remarquer dans La déesse blanche, on retrouve des traces de lièvres tués le vendredi de Pâques jusqu’en 1620 de notre ère. Il est facile de suivre la piste qui part de cet antique sacrifice de printemps pour remonter  jusqu’à la consommation collective de la chair divine. De nos jours, nous mangeons encore un lièvre un peu particulier à Pâques, notre lapin en chocolat.

Séléné sur son char



Lièvre et œufs
Et qu’est-ce que l’élixir de vie, l’essence de l’immortalité ? La capacité de toujours se renouveler. C’est ce que fait la Lune. Elle meurt et revient à la vie. La Lune est le récipient d’une perpétuelle nouvelle vie en puissance. Un récipient rond et blanc. L’œuf, lui aussi, est le récipient rond (et souvent blanc) d’une nouvelle vie en puissance.

Extraits de "La légende du lapin de Pâques", de J.K. Webster
( traduction de Hélène Hory

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