La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

lundi 29 décembre 2014

La Lune en Canaan et Israël [Araméens, Hébreux]

Madeleine Petit commence par rappeler "combien sont grandes les difficultés de trouver des textes concernant un dieu lunaire en Israël, alors que nous savons que le monothéisme auquel il est arrivé [...] s'est efforcé de supprimer tout ce qui aurait pu l'entacher."
Les Hébreux nomades, lorsqu'il arrivèrent en conquérants à Canaan se trouvèrent en face d'un peuple sédentaire, avec une tradition religieuse bien établie. Ces épisodes qui figurent la préhistoire du peuple hébreu sont à aller chercher dans les documents araméens. Les Araméens, étaient issus des mêmes régions, cousins par la race et par la langue (les Hébreux revendiquent leur appartenance à une race et une origine communes : d'après la plus vieille tradition de la Bible, la Mésopotamie araméenne était la patrie d'Abraham. Sara, Rebecca, Léa et Rachel étaient des Araméennes.)

Quels sont les témoignages du culte lunaire chez les Araméens ?

Nomades et guerriers, "les Araméens partent, comme les Hébreux, de l'Euphrate." Fondateurs d'états, leur puissance est grande et au Ve siècle, l'araméen est la langue des chancelleries, de l'Euphrate à l'Egypte. Leur première grande étape, partant d'Our en Chaldée, fut Harran. De nombreux textes assyriens et babyloniens permettent de vérifier qu'ils "établirent comme dieu de Harran le dieu Sin, ce dieu-lune qui nous est déjà connu (voir Anatolie) dans une grande partie du proche et moyen Orient.

Sahar

Une stèle retrouvée près d'Alep mentionne Sahar, nom araméen du dieu-lune, ainsi qu'une autre située à Nérab, sur laquelle est mentionnée sa généalogie : Sahar possède un temple à Nérab et "nous voyons que non seulement le culte du dieu-lune se maintient chez les Araméens mais qu'il s'installe dans les pays conquis, et que des sanctuaires sont bâtis pour son culte. Le croissant lunaire le symbolise. C'est un dieu bienveillant et protecteur, qui accorde longue vie, prospérité, nombreuse descendance à ses fidèles et, lorsqu'ils sont morts, protège leur sépulture."

"L'évolution religieuse des Hébreux sera toute différente, mais il était nécessaire d'esquisser celle des Araméens, afin de mieux éclairer le milieu contre lequel les partisans du monothéisme eurent à lutter."

Lutte d'Israël contre les cultes astraux

Israël devint dans le monde antique le champion du monothéisme, mais pour s'imposer il eut à lutter contre le polythéisme ambiant de Canaan et de ses voisins, mais aussi et surtout contre les Israélites eux-mêmes. Nous retrouvons trace des cultes astraux par les interdits et les condamnations :

"Et quand tu lèveras les yeux au ciel et que tu verras le soleil, la lune et les étoiles, toute l'armée des cieux, ne te laisse pas entraîner à te prosterner devant eux et à les adorer, car Yahvé ton Dieu les a assignés à tous les peuples qui sont sous le ciel."
Deutéronome (IV, 19)

Il ne s'agit pas d'une simple mise en garde, car le fait de s'adonner à ce culte est réprimé avec la plus grande sévérité, allant jusqu'à la mort. Et s'il se trouve quelque personne chez soi ou dans sa ville qui aille servir d'autres dieux et se prosterner devant le soleil, la lune ou les astres, la procédure est la suivante :

"Tu traîneras l'homme ou la femme qui aura commis cette mauvaise action aux portes de ta ville et tu les lapideras jusqu'à ce que mort s'ensuive."
Deutéronome (XVII, 3-5)

Les morts eux-mêmes ne seront pas pardonnés : "Ils ne seront plus recueillis ni ensevelis ; ils resteront comme du fumier à la surface du sol." (Jérémie, VIII, 1-2).

Malgré ces lourdes menaces et punitions extrêmes, les Israélites n'en continuent pas moins d'adorer les "faux dieux". Contre la persistance des cultes astraux, il fallait souligner la supériorité de Yahvé aux yeux des Juifs. 

Supériorité de Yahvé

Dans la Genèse, cette supériorité passe d'abord par le rapport de subordination de la chose créée au créateur : c'est Yahvé qui a fait les cieux et les cieux lui sont soumis. et la lumière de Yahvé éclipsera enfin tout autre lumière :

"Le soleil ne servira plus à t'éclairer pendant le jour
ni la lune à te donner de la clarté :
Tu auras constamment Yahvé pour lumière
et ton Dieu pour parure.
Ton soleil ne se couchera plus
et ta lune ne décroîtra jamais ;
Car tu auras constamment Yahvé pour lumière
et les jours de ton deuil seront à leur terme."
(Isaïe LX, 19-20)

Néoménies

La fête de la nouvelle lune ou de la néoménie serait la trace d'un ancien culte rendu à une divinité lunaire. La plupart des textes de référence unissent les deux termes de "néoménie" et de "sabbat". On offrait des holocaustes à Yahvé à chaque nouvelle lune.

Pleine lune

La plupart des savants ont rattaché le sabbat à la fête de la pleine lune, l'opinion la plus courante étant que le sabbat (shabbat) vient de shabatu "cesser", le sabbat étant le moment du mois où la lune "cesse" de croître.

La Pâque

Comme le sabbat, la Pâque (pesâkh) a été rattachée à une fête de pleine lune. Les traditions bibliques s'accordent pour raconter que la Pâque fut instituée pour commémorer la sortie d’Égypte des Hébreux. Mais cette fête qu'on célèbre dans le désert semble bien avoir été une fête de nomade, d'origine pastorale.
Fête du départ d'Egypte, fête de nomade dans le désert, fête du quatorzième jour du mois, il semble bien que nous soyons en présence d'une fête étroitement liée à la pleine lune.

Que conclure de cette enquête ? Pas de mythe de la lune en Israël, mais on peut parler de traces d'un culte lunaire, ce qui présupposerait une religion lunaire du désert [...] On ne peut nier que la plupart des fêtes hébraïques aient été en rapport avec la lune. Mais avec le dieu ou avec l'astre ? Là est toute la question, que nous ne nous chargerons pas de trancher."

La Lune - Mythes et Rites – La lune en Canaan et Israël, par Madeleine Petit
(Le Seuil, 1962)


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