La symbolique, pas plus que les croyances populaires, ne font de différence entre le lièvre et le lapin. Pour certaines civilisations anciennes, le lièvre était un « animal de la lune » car les taches sombres que l’on peut voir sur le disque lunaire ressemblent à un lièvre en pleine course.

Encyclopédie des symboles

(sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque,1996)


auteur-éditeur : www.remy-leboissetier.fr

vendredi 6 juin 2014

Le nostoc ou le « crachat de lune », par Pierre Gascar [ Le règne végétal, Gallimard, 1981 ]

L'écrivain Pierre Gascar (1916-1997) nous dit l'avoir découvert « par un été pluvieux, en marchant dans les chemins et sur les routes »... et, comme il le note en préambule, sans doute l'avait-il vu auparavant en différents endroits, mais sans y porter attention et s'y arrêter, d'où sa réflexion :

« Peut-être s'était-il brusquement multiplié ou le hasard m'avait-il conduit à un endroit où il se trouvait en abondance : l'alpha et l'oméga de la nature m'y attendaient. »

« Il s'agissait des efflorescences gélatineuses de couleur verdâtre ou brunâtres qui apparaissent çà et là sur la terre, au cours de longues périodes de pluie, et qu'on appelle, j'allais l'apprendre, le nostoc. C'est le plus ancien des végétaux terrestres. Il doit son nom à Paracelse, qui l'a tiré du mot grec "nosto", retour, autant sans doute pour indiquer son pouvoir de reviviscence que pour évoquer les temps lointains qu'il ramène jusqu'à nous. On l'appelait jadis et on l'appelle encore quelquefois, à la campagne, "crachat de lune" ou "crachat du diable", son apparition étant si soudaine et si inexplicable qu'il semble ne pouvoir venir que d'un au-delà. »


Pour les anglophones, le nostoc est appelé diversement : star jelly (gelée d'étoile), witches butter (beurre de sorcières), mare's eggs (œufs de jument).

Dans un très beau passage, Pierre Gascar associe l'apparition du végétal aux débuts de la vie terrestre, sa découverte étant liée à « une de ces périodes où se maintient tout le jour une sorte de crépuscule tendu d'écharpes de brume, à travers lesquelles perce par moments une lueur soufrée, espoir d'éclaircie qu'un redoublement de la pluie vient bientôt démentir. On a alors l'impression que se trouve recréé l'état d'indétermination qui suivit la Genèse, la terre ayant eu sans doute quelque peine à se défaire des lambeaux de la nuée dont elle venait de naître. La pluie est comme sa mémoire : trois jours d'averses se succédant, et l'on sent que quelque chose de lointain et d'indéfinissable "lui revient" ».

Suivant l'observation naturelle, des interrogations proprement métaphysiques apparaissent, qui ont le don de nous intéresser de plus près à ce végétal :

« Se nourrissant exclusivement d'azote et du gaz carbonique de l'atmosphère, le nostoc ne doit rien à la terre, si ce n'est le support qu'elle lui offre et auquel, sans racines, il se borne à adhérer. Par quel hasard, au milieu de notre monde accompli, a subsisté ce corps où la matière à peine élaborée tremblote encore, où, gagnée par un ton vert-brun cul de bouteille, la transparence de l'incréé commence à s'obscurcir ? »

Pierre Gascar nous informe que les alchimistes furent attirés par le potentiel imaginaire du nostoc, faisant entrer celui-ci « dans la composition des mixtures d'où ils espéraient tirer la pierre philosophale. De leur côté, les guérisseurs y ont vu un remède aux indications multiples, encouragés en cela par la flaccidité de ce corps, sa viscosité, son pouvoir émollient, qui paraissait le rendre propre à combattre l'âpreté de beaucoup de nos maux (pour la même raison, on utilisait le sirop de limaces contre les maladies de poitrine). »
Nostoc punctiforme
Quoiqu'il en soit de ses vertus médicinales réelles ou fantasmées, la cyanobactérie appelée nostoc, que Pierre Gascar considère comme « un pur échantillon de la matière originelle vivante » sera également la « dernière parure de la terre, au seuil de l'éternelle nuit. »

« Non vasculaire, le nostoc est rangé parmi les végétaux inférieurs, alors qu'il recèle dans ses fragments pelliculaires, à quoi sa dessiccation le réduit et qui se confondent avec la poussière, toute l'histoire de la nature et un avenir qui dépassera, serait-ce de peu, celui du soleil.


« Je m'étais, pour toutes ces raisons, fortement attaché à ce végétal qui n'a pas de nom, dans l'esprit de la plupart des gens, qui ne ressemble à rien, pas même à un champignon ou à un lichen, qui, informe et gélatineux, n'est pas particulièrement attirant, qui apparaît d'ailleurs de façon si fugitive - et toujours dans les périodes où le mauvais temps nous détourne de sortir - qu'on ne le remarque guère, mais qui, du fond de son apparente insignifiance, démontre l'absurdité et l'injustice de toutes les hiérarchies. »

Voilà qui est dit ! Et en dernier lieu, voilà justement quelques informations scientifiques qui confirment l'utilité de ce végétal « inférieur »: 

Au début des années 2000, un nouvel alcaloïde, la nostocarboline a été isolé dans une souche de Nostoc trouvée aux États-Unis ; cette molécule semble prometteuse pour traiter la maladie d'Alzheimer, en inhibant l'enzyme butyrylcholinesterase aussi efficacement que la galantamine (médicament actuellement utilisé). Elle a été brevetée par l’École polytechnique fédérale de Zurich. En outre cette nostocarboline, biodégradable et facile à produire, semble aussi avoir des vertus biocides qui pourraient peut-être un jour être utilisées en agriculture.

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